LES MORMONS

Théologie, croyances, pratiques, et actualité de l'Eglise de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours

PAR THÈMES

 

 

Accueil

 

 

Saintes écritures
et théologie

 

 

Les mormons
par thèmes

 

 

Actualité!
Les mormons
dans la presse

 

 

Statistiques!
Les mormons
en chiffres

 

 

Les Mormons
en vidéo

 

 

La boutique mormone

 

 

La médiathèque mormone

 

 

Contact

 

 

Index / Les Mormons par Thèmes / Mormonisme et Franc-Maçonnerie: Entretien avec le Kolob Order

 

Les Francs-Mormons

Francs-maçons et Mormons

 

Quiconque s’est intéressé à l’histoire de l’Eglise de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours est un jour tombé sur une page ou un article établissant un lien entre mormonisme et franc-maçonnerie. Qu’ils soient personnels ou historiques, symboliques ou ritualistes, les liens entre mormons et maçons semblent au final être nombreux, bien qu’il soit parfois difficile d’en établir la solidité et la qualité tant ce qui est affirmé par les uns est contredit par les autres.  Au-delà des débats de spécialistes, le sceau du secret, que cultivent et respectent ces deux mouvements, y est naturellement pour beaucoup.

Afin d’obtenir quelques éléments de réponses, Mormonisme.com est allé à la rencontre du Kolob Order, une association créée et présidée par Adama, Franc-Maçon et membre de l’Eglise des SDJ, et également passionné par le sujet.  C’est avec plaisir qu’il a accepté de répondre aux questions de Mormonisme.com.

Fabrice Cellier

 

Mormonisme et Franc-Maçonnerie

Entretien avec Adama, fondateur et Président du Kolob Order

 

 

Vous avez fondé le Kolob Order qui réunit mormons, francs-maçons, mormons francs-maçons et passionnés du sujet.  Pouvez-vous nous en dire davantage sur ce qu’est le Kolob Order ?

 

Le Kolob Order est un groupe informel de Saints et de Francs-Maçons, et bien souvent de frères à la fois Saints et Maçons, qui a pour objectif d’ étudier en-dehors des cadres Maçonniques institués ou de l’Eglise les liens, rapports et histoire commune entre le mormonisme et la franc-maçonnerie.  L’indépendance du Kolob Order a pour but de ne pas déranger les uns et les autres, ce qui n’empêche pas de communiquer nos travaux à des responsables des deux organisations, dont certains d’entre nous connaissent à titre privé.
 

Notre association est un espace de discussions autour de ces sujets. Se sont jointes à nous des personnes qui ne sont pas membre des deux groupes, mais qui souhaitent travailler avec nous sans s’investir pour autant dans l’une ou l’autre démarche. Bien que cela puisse être ensuite un tremplin pour une démarche personnelle vers l’un ou l’autre (où les deux !), cela regarde la personne et n’est pas de notre ressort.
 

Respectueux de l’engagement de chacun, et des Institutions des deux mouvements dont nous sommes issus, nous sommes garants d’une rigueur et d’une approche sérieuse des sujets qui nous animent. Nos autres activités nous démarquent également des deux institutions, et cela souligne que notre association n’est rattachée ni à l’Ordre Maçonnique ni à l’Eglise.  Ce sont des domaines bien séparés dans les faits.

 

Kolob Order est un mouvement de pensée inspiré par les deux institutions, par le fait même de leurs recherches, tout en respectant nos engagements respectifs, sans rien trahir ou dévoiler. Notre esprit est celui de la recherche historique et de l’investigation rigoureuse dans différents domaines, conduit par l’idéal prôné par Joseph Smith : celui de tout étudier, d’apprendre dans ce qu’a de meilleur notre civilisation, mais également de se tenir au courant de nos adversaires, afin de mieux les contrer. "Dieu aime l’intelligence" affirme le Mormonisme. "L’homme est mesure de toute chose sous le regard de l’œil qui voit tout" clame la maçonnerie.  Ce sont de nobles idéaux que nous nous efforçons de cultiver.
 

 

Comment qualifieriez-vous les rapports entre mormons et maçons ?

 

Les rapports entre les deux institutions sont bons, voir fraternels, mais ce sont deux éléments séparés et distincts, et il s’agit de relations amicales en vertu d’un passé historique où les Mormons et les Maçons se sont croisés, et d’un enrichissement commun fort important du point de vue humain et intellectuel.

 

Beaucoup ont été étonnés de voir des photographies d’après 1847 sur lesquelles le Président Young [second président de l’Eglise mormone] porte sans complexe une épinglette maçonnique!  Du côté des Francs-Maçons il n’est pas rare qu’ils lisent au détour d’un dictionnaire maçonnique, ou d’une revue d’histoire maçonnique que Joseph Smith avait reçu l’initiation Maçonnique, ou encore que l’organisateur du territoire d’Utah était également Franc-Maçon

 

Dans son livre, Life of Joseph the Prophet, Edward Tullidge avance une explication dans son livre sur la vie du Prophète, pour justifier l’intérêt de Joseph Smith à la Franc-Maçonnerie :

« Il comprit que la chaîne de la franc-maçonnerie est bel et bien la chaîne sans fin de la fraternité et de la prêtrise, qui créé tous les mondes, les paradis, les terres, mais il croyait que cette terre avait perdu beaucoup de sa signification, de sa lumière, de ses clés, de son esprit, sa perte principale étant celle de la révélation. Sa conception était que la maçonnerie sur terre devrait être en constante communion avec la franc-maçonnerie aux cieux, malgré les nations, les civilisations, les races, les religions et les législateurs de toutes sortes. » (E. Tullidge, Life of Joseph the Prophet, p. 391).
 

Même si la vérité est plus complexe que ces affirmations péremptoires de E. Tullidge, les frères Mormons de Nauvoo voyaient là un moyen de se faire des amis avec des gens prédominants, et ainsi d’éviter certaines persécutions violentes.
 

Il semblait à Joseph Smith que tous étaient contre lui et contre l’Eglise, alors que ce que cherchaient les membres plus que tout, c’était de vivre en paix et dans l’amitié. Il savait que si l’esprit de fraternité des francs-maçons était offert aux Mormons, ils échapperaient à cette persécution.

 

De nos jours ces questions intéressent toujours les intellectuels Mormons, les érudits mais aussi des Saints qui ont pu lire, comme dans le livre « Endowment from on High » de Frère John D. Charles Ed. Horizon Publishers Cedar Fort – Utah 2004,
Des Saints sont toujours des Francs-Maçons aux Etats-Unis, et ailleurs et sont reconnus par leurs frères non Mormons comme des personnes exemplaires et très respectueuses. Certains Mormons ont même atteint des dignités importantes au sein de la Franc-Maçonnerie américaine.

 

 

Il s’agit donc en réalité d’une relation étroite mais tumultueuse qui remonte à la naissance de l’Eglise, à l’ère Nauvoo ?

 

En fait, un grand nombre de Mormons étaient francs-maçons avant même d’appartenir à l’Eglise ou d’en devenir une autorité générale, y compris Hyrum Smith, Newell K. Whitney, Heber C. Kimball, John C. Bennett, George Miller, Lucius N. Scovil, Elijah Fordham, John Smith, Austin Cowles, Noah Rogers et James Adams. Ces membres ont poussé Joseph Smith à rechercher le statut de membre franc-maçon pour lui-même et pour ses frères, afin d’en bénéficier pour obtenir la paix religieuse et la protection politique nécessaire.

 

Les dirigeants voulaient simplement assurer leur quiétude et leur sécurité. Aujourd’hui encore, les Mormons n’ont rien contre les francs-maçons, mais il nous faut reconnaître que si les membres des loges de l’Illinois avaient manifesté à l’époque l’esprit de fraternité qui avait rendu leur ordre célèbre, eux, comme les Mormons, auraient pu bénéficier de ce bout de chemin parcouru ensemble fraternellement. (L’histoire de la Grande Loge d’Illinois est très complexe. Elle fut fondée par le Mormon James Adams, mais des maçons protestants de cette Grande Loge furent très vindicatifs contre les Saints, cette Grande Loge fut d’ailleurs dénoncée par son manquement à la Fraternité par d’autres obédiences américaines à l’époque).

 

Il y eut par le passé 5 loges Mormones à Nauvoo et dans sa région.  Certes, les mormons maçons ont commis la faute de ne pas se référer aussi souvent qu’ils l’auraient du à la Grande Loge. Il n’en reste pas moins que les déviations qu’ils commirent restèrent minimes, et qu’elles seraient même démesurées dans l’ombre, auraient été passées sous silence, si elles n’avaient pas été imputées à une communauté dénoncée, comme c’était le cas de celle de Nauvoo.

 

Et comme le rappelle l’ouvrage de McGavin :

Plusieurs des principaux Mormons avaient été francs-maçons depuis déjà bien des années avant qu’ils n’aient reçu l’autorisation d’ouvrir une loge à Nauvoo. Les frères avaient même envoyé une pétition au Grand Maître de l’Illinois pour solliciter l’autorisation d’ouvrir cette loge de Nauvoo.

En 1841, le Grand Maître Abraham Jonas donna la permission de diriger leurs réunions de loge, bien qu’ils n’aient pas été autorisés à accroître le nombre de leurs membres tout le moins attendant une dispensation émanant de la Grande Loge. Mr. Jonas était un politicien habile. Il était déjà bien en place, et certains pensaient qu’il cherchait à être élu comme gouverneur de l’Illinois. Bien que plusieurs francs-maçons dans les villes voisines de Nauvoo lui avait demandé expressément d’ignorer la requête des Mormons, il savait que ceux-ci représentaient une force politique dont, l’heure venue, il pouvait avoir besoin.
Le Grand Maître était si pressé de gagner le soutien des Mormons qu’il agit sans sagesse en la matière. Sa décision irréfléchie contribua à tourner les francs-maçons des villes voisines contre les Mormons. Le Grand Maître fut accusé par ses collègues d’avoir fait de Joseph Smith un franc-maçon à première vue. La colère atteint son comble lorsque le Grand Maître publia un long article dans le journal de sa ville, félicitant les Mormons pour leur industrie, leur persévérance et leur intelligence. (En fait, cette opposition maçonnique venait d’une loge précise d’Illinois, qui craignait de perdre son « prestige » avec la concurrence des Mormons, mais non de la majorité frères).

A cette époque, il n’y avait que 127 francs-maçons en Illinois hors de Nauvoo. Ils se trouvaient répartis dans 11 loges, ce qui fait une moyenne de 21 membres par loge. La plus grande était à Spingfield, où ils étaient au nombre de 43. En un mois, les Mormons initièrent 246 membres à Nauvoo. Cette croissance rapide pouvait faire croire à certains que la loge de Nauvoo allait prendre une influence politique, à tout le moins dans les comtés.

 

Mais les choses se sont apaisées, et en 1984  le Président Spencer W. Kimball a rétabli des relations fraternelles entre l’Eglise et les Maçons. Et très récemment, l’Eglise a même fait un don pour restaurer le Temple Maçonnique de Salt Lake City qui est un chef d’œuvre sur le plan architectural.

 

 

Il est coutumier de dire que l’Eglise de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours a emprunté des rituels et symboles à la maçonnerie.  Qu’en dîtes-vous ?

Il y a des similitudes entre le rite des Mormons et celui des francs-maçons, mais ces quelques liens dans un vaste rituel ne peuvent pas être expliqués par le fait que Joseph Smith avait assisté à quelques réunions de la fraternité franc-maçonne. A la lumière de l’évidence qu’offre la franc-maçonnerie, il est très clair que certains des éléments administrés par le Temple de Salomon ont persisté en elle. Aucune institution n’a le monopole de la vérité. Dans la révélation donnée à Joseph Smith concernant l’Endowment, il fut promis que les choses qui avaient été perdues seraient restaurées.

 

 

 

Le sujet semble sulfureux et doit susciter bien des curiosités.  Quel regard portez-vous sur cette double appartenance ?

 

Le sujet passionne, et il est passionnant, et il n’est pas exempt de «passions » également des deux côtés : Mormon et Maçon. Il est d’usage depuis un certain temps, surtout en Europe, de mêler la Maçonnerie aux combinaisons secrètes et à l’Ordre des Néhors dans le Livre de Mormon. Pourtant c’est une erreur manifeste, du probablement à un amalgame assez facile du à la culture latine provenant paradoxalement de la Grande Apostasie.

En effet, le Livre de Mormon stigmatise ainsi les médisances et les comploteurs, conformément à l’enseignement biblique. Car la médisance est pire que le crime, et les Néhors sont en effet les maîtres combinaisons secrètes, c’est-à-dire des complots. Or comme le public des Saints cultivé le sait, la Maçonnerie n’a jamais été un ordre de « comploteurs » sauf dans l’imagination débridée de certains catholiques (que l’ont qualifieraient d’intégristes de nos jours) du XIX e s. qui étaient par ailleurs de fervents anti-mormons (une étude serait à faire sur l’influence de certains prélats auprès de l’Empereur Napoléon III et de l’Impératrice Eugénie sur sa décision d’empêcher l’implantation de l’Eglise mormone en France sous son règne, l’épisode malheureux de la rencontre du Frère L.A. Bertrand avec l’Empereur est dans toutes les mémoires.)

Le mythe de la Révolution Française ourdie par les loges maçonniques vient d’un pamphlet écrit par un prélat de l’Eglise romaine qui s’appelait l’Abbé Barruel de sinistre mémoire. Ce livre basé sur un véritable délire de haine est responsable de l’image négative de la franc-maçonnerie en France et dans certains autres pays. Il faut savoir que la Maçonnerie comptait dans ses rangs de fervents monarchistes légitimistes comme par exemple Hans Axel de Fersen, qui défendra la Reine Marie-Antoinette jusqu’au bout, ou encore le futur chef Vendéen Monsieur de Charrette. Des éléments que peu de gens connaissent, et qui démontre que la Maçonnerie comme toutes les autres sociétés de son époque a été balayée par la Révolution, (la Maçonnerie a été interdite en 1793 par la Convention, jugée justement comme "monarchiste") avant de pouvoir s’en remettre quelques décennies plus tard.

 

Tout cela démontre l’inanité de ces « étiquettes » que l’on place sur le dos de l’Ordre maçonnique, quelquefois, par ignorance plutôt que par méchanceté. La Franc-Maçonnerie a dans ses principes fondateurs « les Constitutions d’Anderson » le respect des Institutions, des Eglises et l’interdiction formelle de comploter contre l’état, quel qu’il soit. Ce dernier principe lui a été d’ailleurs reproché par certains révolutionnaire marxistes, et l’a fait qualifié d’ordre « bourgeois au service du capitalisme » comme quoi, on passe d’un préjugé à un autre.
 

Curieusement les thèmes de l’anti-mormonisme sont frères de ceux de l’anti-maçonnerie, et ces deux derniers partages de graves préjugés avec l’antisémitisme. Par exemple, ont peut trouver dans des textes émanant de certaines associations religieuses à caractère sectaire, des documents qui vous explique que les Mormons visent le pouvoir mondial, idem pour les Maçon et bien sur idem pour les Juifs. Les minorités ont toujours été brocardés et ont fait l’objet de persécutions. Les Mormons, les Maçons et les Juifs en savent quelque chose, leur histoire ayant été constellé de persécutions. J’expose cela pour bien exposer le caractère faux de ces préjugés, et il est dommage de voir des Saints qui par ignorance, à leur tour, répandent ce genre de bruit, totalement infondé, basé sur une totale méconnaissance du dossier, et qui de surcroît, ignorent bien souvent que le Prophète Joseph fut un franc-maçon, avec bien d’autres personnalités de l’époque. Si le Prophète fut franc-maçon, c’est qu’il n’y trouvait rien à redire, bien au contraire, comme nous allons le voir.

 

 

Quels ouvrages recommandez-vous pour approfondir le sujet ?

 

L’ouvrage de E. Cecil McGavin reste l’étude la plus connue dans l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours aux Etats-Unis, par son sérieux et sa documentation rigoureuse. Ce livre a été publié par Bookcraft Publishers à Salt Lake City en 1956.

Pour donner une image à ceux qui ne l’ont pas connu, E. Cecil McGavin est le Hugh Nibley des années 1950 pour l’Eglise, et sa spécialisation était donc les rapports entre l’Eglise et la Maçonnerie.

 

Le livre de Frère E. Cecil MacGavin est une véritable perle, et il soulève des questions passionnantes et jamais en contradiction avec l’Evangile Rétabli où la Tradition Maçonnique. L’auteur a passé ses diplômes d’historien à l’Université de Brigham Young (BYU) en Utah, mais aussi à l’Université d’Utah. Il a été reconnu par le sérieux de ses travaux et récompensé par l’Université de Chicago, la Stanford University. Il a servi deux missions pour l’Eglise, dans l’Est des Etats-Unis, et en Californie. Il a donné au sein de l’Eglise de nombreuses conférences et il fut un orateur très apprécié.

 

Ces écrits ont touchés un large public de Saints et de non membres de l’Eglise aux Etats-Unis et dans les pays anglophones.

Il est également l’auteur de livres très connus dans l’Eglise aux Etats-Unis

Dans le monde francophone, cet ouvrage est quasi-inconnu, pourtant il demeure une œuvre fondamentale pour mieux comprendre les relations qui eurent lieu entre les Saints et les Francs-Maçons dans les années 1840 et au-delà. Depuis d’autres livres, toujours en Anglais ont été publié, comme l’excellente étude du Pr. Clyde R. Forsberg Jr. Equal Rites, the book of Mormon, Masonry ; Gender, and American Culture publié chez Columbia University Press » en 2004 et qui apporte de nouveaux éléments fort importants et appuyés toujours sur des documents que tout un chacun peut retrouver soit du côté de l’Eglise, soit du côté Maçonnique. L’auteur Clyde R. Forsberg Jr. est également membre de l’Eglise. Enfin tout récemment, en Octobre 2007 vient d’être édité chez Deseretbook un ouvrage qui s’intitule « Masons and Latter Day Saints » qui se place pour sa part entre les recherches des deux autres livres dont nous venons de parler.