LA THÉOLOGIE MORMONE ET SES ORIGINES

Les Saintes Écritures mormones et la Restauration chrétienne

 

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Index / Saintes Ecritures et Théologie / Le Livre de Mormon

 

 

 

  

L’Église mormone présente le Livre de Mormon comme « un volume d’écritures saintes comparable à la Bible ».  Mais la sobriété de cette définition tend à masquer le fait que ce ‘troisième testament’ constitue véritablement la clef de voûte du mormonisme.  « S’il n’y avait pas eu ces plaques, nous aurions dû souffrir dans l’ignorance »[1], assure un personnage central du livre en faisant référence aux annales qui devaient devenir le Livre de Mormon.  Alors que l’Ancien et le Nouveau Testaments suscitent la méfiance au sein de l’Eglise, la conversion au mormonisme passe par la pleine acceptation du Livre de Mormon, sans condition.  C’est d’ailleurs cette confiance aveugle en ce livre qui valut aux Saints leur appellation populaire de « mormons ».  Acceptés comme parfaits, ces écrits sont, aux yeux des mormons, la preuve que leur mouvement restaure la chrétienté telle que le Christ l’avait lui-même souhaitée. 

Le Livre de Mormon se présente sous la forme d’un recueil d’annales sacrées réparties en une quinzaine de livres rédigés dans un style biblique.  Ces abrégés, compilés par des personnages du livre (Mormon et Moroni) et considérés comme des prophètes, relatent l’histoire de deux peuples issus de la maison d’Israël, fuyant une déchéance annoncée pour s’exiler sur le continent américain, un pays « préférable à tous les pays de la terre », avec la mission d’y préserver les commandements du Seigneur.

Le récit de la première émigration[2] débute à l’époque de la tour de Babel (2200 ans av. J.-C.) et narre l’exile d’un peuple sémite, les Jarédites, qui aurait échappé à la dispersion en émigrant grâce à l’intervention divine vers « une terre de promission ».[3]  Les Jarédites devaient recevoir cette terre d’abondance en héritage mais ne surent observer les commandements divins.  Les abandonnant à leur décadence, Dieu les laissa s’entretuer.

Marquant un net saut dans le temps entre les deux exodes, l’essentiel du Livre de Mormon[4] relate en fait l’épopée du peuple de Néphi qui quitta Jérusalem en 600 av. J.-C. pour fuir l’iniquité ambiante et, à son tour, trouver refuge en Amérique dans des conditions comparables à celle des Jarédites.  Dans le Nouveau Monde, le Christ apparut plusieurs fois aux Néphites et y aurait même établit son ministère après sa résurrection.  Mais au fil du temps, des dissidences apparurent au sein de la communauté menant celle-ci à des guerres fratricides.  A l’issu d’un ultime combat, les Lamanites rebellés exterminèrent les Néphites.  Moroni, unique survivant Néphite, ensevelit les annales de son peuple avec la promesse divine que celles-ci seraient un jour révélées à la connaissance des hommes. 

En 1823, la prophétie s’accomplit : Joseph Smith fut mené jusqu’aux annales par l’esprit de Moroni et en assura également la traduction en langue anglaise pour donner naissance, en 1830, au texte que nous connaissons aujourd’hui.  Malgré un impressionnant recours au surnaturel pour aboutir à sa traduction, le Livre de Mormon souffre d’encombrantes « improbabilités ».  Ouvrant la porte à un autre christianisme incarné par le mormonisme, l’ouvrage souleva la controverse dès sa parution.  Pour répondre à la critique, l’église s’est organisée et tente de défendre son livre.  Une telle ardeur s’explique par le fait que la crédibilité du mouvement repose sur celle accordée à ses écritures.  Et malgré les efforts, force est de constater que l’église doit faire face à de nombreuses questions et à un manque de preuves matérielles pour valider l’authenticité du livre.  D’hypothèses en hypothèses, le scepticisme prévaut, parfois jusque dans les rangs mormons, que seule la foi permet d’écarter.

Fabrice Cellier

 

 

- Et Joseph Smith découvrit le Livre de Mormon

La venue au monde du Livre de Mormon et les mystères qui l'entourent marquent d'emblée le goût du mormonisme pour les phénomènes surnaturels, comme devait le confirmer l'ensemble des saintes écritures mormones.  Ainsi, divinités, prophétie et magie se succédèrent afin que Smith puisse découvrir et traduire les annales sacrées qui constitueraient le socle théologique de son église.

Traditionnellement, les mormons font coïncider le début de leur histoire avec la première révélation faite à Joseph Smith en 1820[5].  En quête de vérité, le jeune Joseph alors âgé de quinze ans, voulut savoir quelle église il devait rejoindre. Il se tourna vers Dieu espérant obtenir une réponse.  Dieu et le Christ lui apparurent alors et le sommèrent de n’en joindre aucune car toutes étaient dans l’erreur :

Un jour je lus, l’Epître de Jacques (chap. I, v.5) qui dit : « Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu qui donne à tous simplement et sans reproche, et elle lui sera donnée ». […]

Ainsi donc, mettant à exécution ma détermination de demander à Dieu, je me retirai dans les bois pour tenter l’expérience.  […] Juste à cet instant de grande alarme, je vis, exactement au-dessus de ma tête, une colonne de lumière, plus brillante que le soleil, descendre peu à peu jusqu’à tomber sur moi.  […] Quand la lumière se posa sur moi, je vis deux personnages dont l’éclat et la gloire défient toute description, et qui se tenaient au-dessus de moi dans les airs.  L’un d’entre eux me parla, m’appelant par mon nom, et dit me montrant l’autre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé.  Ecoute-le ! »  Mon but, en allant interroger le Seigneur, était de savoir laquelle des sectes avait raison, afin de savoir à laquelle je devais me joindre.  […] Il me fut répondu de ne me joindre à aucune, car elles étaient toutes dans l’erreur ; et le personnage qui me parlait dit que tous leurs credos étaient une abomination à ses yeux ; que ces docteurs étaient tous corrompus ; qu’ils « s’approchent de moi des lèvres, mais leur cœur est loin de moi ; ils enseignent pour doctrines des commandements d’hommes, ayant une forme de piété, mais ils en nient la puissance ».  Il me défendit à nouveau de me joindre à aucune d’elles et me dit encore d’autres choses que je ne puis écrire maintenant.[6]

Bien que cette scène se produisit vers 1820, Smith n’en donna la version officielle que dix ans plus tard, à la création officielle de son église.  Cette révélation, dont Smith donna d’ailleurs plusieurs versions avant de l’inscrire au canon,[7] ne fait état ni du Livre de Mormon ni de l’Eglise à venir, mais marque d’emblée une volonté apparente de se détacher des autres églises chrétiennes.  Il n’échappera d’ailleurs pas au lecteur que la citation attribuée au Christ dans ce passage paraphrase les reproches faits par Jésus aux Pharisiens pour justifier ses enseignements alors perçus comme hérétiques.[8]  Pour asseoir ses révélations à venir, Smith reprit à son compte un principe théoriquement pas moins probable que celui qui donna naissance au christianisme ou au protestantisme, celui de la réforme et de la dissidence.

            Il fallut néanmoins attendre 1823 et la visite de Moroni (le dernier historien néphite qui cacha les annales de son peuple disparu sur la colline de Cumorah et qui revint sous la forme d’un ange envoyé par Dieu) pour que le Livre de Mormon fût révélé à Smith.  Cette apparition, connue chez les mormons comme la « seconde vision », marque réellement la naissance du mormonisme et de la Restauration puisqu’elle intronise implicitement ce dernier au rang d’apôtre en lui assignant de révéler au monde la plénitude des évangiles :

Tandis que j’étais occupé à invoquer Dieu, je vis une lumière luire dans ma chambre ; la lumière s’accrut jusqu’à ce que la chambre fût claire comme un plein midi, et tout à coup un personnage parut à côté de mon lit ; il se tenait dans l’air, car ses pieds ne touchaient point le sol.  […]

Il m’appela par mon nom et me dit qu’il était un messager envoyé de la présence de Dieu vers moi et que son nom était Moroni ; que Dieu avait une œuvre à me faire accomplir, et que mon nom serait connu en bien et en mal parmi toutes les nations, races et langues, et qu’on en dirait du bien et du mal parmi tous les peuples.  Il dit qu’un livre était caché, écrit sur des plaques d’or, contenant l’histoire des anciens habitants de ce continent (l’Amérique) et faisant connaître leur origine.  Il dit aussi que l’Evangile éternel y était contenu, dans sa plénitude, et qu’il avait été donné par le Sauveur aux anciens habitants.[9]

L’ouvrage, encore non accessible, était donc comparable, en nature et vocation, à l’Evangile du Christ mais promettait d’être exhaustif.  La traduction en serait assurée par Smith, d’une façon qui souligne, une fois encore, un goût prononcé pour le mystère  :

Il ajouta qu’il y avait aussi deux pierres unies par des arcs d’argent ; que ces pierres, fixées à un pectoral, constituaient ce qu’on appelle l’urim et le thummim, et qu’elle étaient déposées près des plaques, que la possession et l’emploi de ces pierres étaient ce qui faisait les ‘voyants’ dans les temps anciens et des temps présents, et que Dieu les avait préparées dans le but de traduire le livre […]

Il me dit aussi que lorsque j’aurai reçu les plaques dont il m’avait parlé – car le temps n’était pas encore accompli où elles seraient délivrées – je ne devais les montrer à personne, ni l’urim et le thummim, sauf à ceux à qui il me serait commandé de les montrer ; si je les montrais à d’autres, je serais anéanti.  Tandis qu’il me parlait des plaques, je vis, en esprit, l’endroit où les plaques étaient déposées, et cela si clairement et distinctement que je reconnus le lieu quand je m’y rendis.[10]

Ainsi le jeune Joseph se vit attribué la délicate mission de révéler au monde le Livre de Mormon, mais l’heure n’était pas encore venue.  Sa loyauté fut mise à l’épreuve en attendant que le jour vienne :

      Tout près du village de Manchester, dans le comté d’Ontario (New York), se trouve une colline de dimensions considérables, la plus élevée de toutes celles du voisinage.  Sur le côté ouest de cette colline, non loin du sommet, sous une pierre de grande dimension, se trouvaient les plaques, déposées dans une boite de pierre.
[…]  Ayant enlevé la terre, je me procurai un levier que je glissai sous le bord de la pierre et, d’un petit effort, je la soulevai.  Je regardai à l’intérieur et j’y vis, en effet, les plaques, l’urim et le thummim, et le pectoral, comme le messager l’avait déclaré.
[…]  Je fis une tentative pour les sortir, mais le messager me le défendit et m’informa de nouveau que le moment de les faire paraître n’était pas encore arrivé ni ne le serait avant quatre années à partir de ce jour-là ; mais il me dit de revenir à cet endroit dans un an exactement, en comptant à partir de ce jour, et de continuer ainsi jusqu’à ce que fût venu le moment d’obtenir les plaques. 
En conséquence, comme cela m’avait été demandé, j’y allai à la fin de chaque année, j’y trouvai chaque fois le même messager et je reçus, à chacun de nos entretiens, des instructions et des informations sur ce que le Seigneur allait faire et sur la manière dont son royaume devait être dirigé dans les derniers jours
.
[11]

            Durant ces quatre années ponctuées de rencontres avec le messager céleste, Smith fut, selon son propre récit, mis dans le secret des dieux.  A l’issue de cette période probatoire, vint le moment de recevoir les plaques, ainsi que l’urim, le thummim et le pectoral qui devaient lui permettre de les traduire, ce qu’il fit « par le don et le pouvoir de Dieu »[12].  Puis, « selon ce qui avait été convenu, le messager les réclama, [Smith] les lui remit ; et c’est lui qui en a la garde depuis ce jour ».[13] 

Smith entretint le secret et ne révéla que très peu de choses concernant les plaques et la façon dont il les traduisit.  Il semble qu’il utilisa les pierres comme une paire de lunettes magiques (dont il n’existe à ce jour que de vagues descriptions).  Même le scribe qu’il employa ne put voir les plaques car pendant la traduction Smith était caché par une couverture qui partageait en deux la pièce dans laquelle les deux hommes se trouvaient : d’un côté Smith dictait sa traduction, de l’autre le scribe prenait les notes.  Sa propre femme, Emma Smith, ne fut pas autorisée à voir les plaques.  Mais pour d’évidentes raisons de crédibilité, onze témoins furent désignés.  Dans un premier temps Smith en sélectionna trois, avant d’en choisir huit autres.  Leur témoignage fait l’objet de brèves attestations, plus religieuses que descriptives, en guise de préambule au Livre de Mormon.

L’histoire enseigne que pour d’obscures raisons Smith se fâcha avec la majorité de ses témoins, et que seuls son père et ses deux frères restèrent fidèles à leurs engagements.  Par ailleurs, Smith affirma avoir obtenu l’expertise d’un traducteur de renom afin d’attester l’exactitude de sa traduction des plaques rédigées, selon lui, en égyptien réformé, une langue encore inconnue à ce jour.  Mais ce professeur de l’université américaine Columbia démentit plus tard son implication dans la traduction des annales.[14]

           Peu d'historiens semblent surpris par le fait que "la venue à la lumière" du Livre de Mormon résulte de l'irruption d'un monde extraordinaire dans la vie du jeune Joseph.  Beaucoup y voient même l'aboutissement inévitable d'une enfance bercée par le biblicisme protestant du début du XVIIIème siècle et d'une adolescence imprégnée par le folklore d'une Amérique provinciale à la vie rythmée par les renouveaux religieux et fascinée par la magie.  Le fait que « l'histoire des origines du mormonisme se confonde avec la biographie de son fondateur »[15] semble expliquer beaucoup de chose.

 

Les analystes les plus critiques décrivent Smith comme un fabulateur.  L’ouvrage No Man Knows My History est un modèle du genre.  Son auteur, Fawn McKay Brodie, mormone excommuniée après la publication de son travail, se montre fort sévère à l’égard de Smith, mais son ouvrage est reconnu comme étant « d’une grande importance historique »[16]. S’appuyant sur un ensemble d’écrits, souvent contestés par les autorités mormones, mais qui font référence dans le cercle des historiens du mormonisme,[17] Ostling synthétise les différentes analyses et décrit Smith comme un jeune américain fasciné par les légendes et le folklore de son temps et milieu, les chasses aux trésors, l’ésotérisme et les talismans, avant d’ajouter que si de nombreux auteurs décrivent Smith comme un mystique c’est qu’ils n’osent pas le qualifier de dérangé.[18] 

Le fait est que, aussi répandues que fussent ces pratiques de chasse aux trésors, Smith eut maille à partir avec la justice.  Poursuivi par un tiers pour imposture et conduite contraire aux bonnes mœurs, un tribunal de l’Etat de New York jugea l’affaire et reconnut Smith, quatre ans avant l’apparition du Livre de Mormon, coupable de troubles à l’ordre publique.  Huit ans plus tard, en 1834, il reconnut, par le biais du journal de l’église, avoir succombé à de nombreux vices et folies mais se défendit de n’avoir jamais œuvré à l’encontre de qui que ce fût.[19]  Dans son Histoire, Smith ne nie pas ses activités de chercheur d’or mais tient à les minimiser.[20]

De façon parfois plus modérée, ces détracteurs présentent l’homme comme une victime de son environnement.  Après tout, rappelle Fawn M. Brodie, c’était essentiellement la pauvreté et le poids de ses dettes qui poussaient Smith à chercher des trésors.  Par ailleurs, Joseph était « un jeune réellement sociable, joyeux et imaginatif, né pour diriger mais freiné par une piètre éducation et une misère noire »[21].  Avec le temps, il développa néanmoins un goût prononcé pour le prêche et les débats théologiques, rappelle l’auteur : « il est clair qu’il avait une bonne connaissance des différences théologiques qui divisaient les différents mouvements religieux et était véritablement intéressé par les controverses.  Bien que dédaigneux envers le sectarisme, il aimait prêcher car cela lui offrait un auditoire.  Et pour Joseph cela était aussi vital que se nourrir »[22].

Introvigne insiste sur le fait que la région dans laquelle Smith vivait « fut le théâtre de manifestations répétées d’enthousiasmes religieux, au point de recevoir le nom de ‘burned-over district’, district ‘incendié’ par la ferveur revivaliste protestante ».[23]  Et « dans l’excitation religieuse régnant dans [cette région] nombreuses étaient les personnes sujettes aux expériences et visions mystiques »[24].  De nombreux prédicateurs de la région, tels Elias Smith, John Samuel Thompson, Asa Wild pour ne citer que les plus connus, reçurent la visite du Christ.  Mais les apparitions étaient également courantes parmi la population.  Joseph Smith Sr., le père du Joseph Smith, fut aussi le témoin d’apparitions divines, indique Fawn M. Brodie, pour qui le comportement du jeune Joseph « reflétait la liberté religieuse de son père ».[25]  Il en allait apparemment de même des témoins que Smith désignât et en particulier de Martin Harris, un proche, dont le récit d’une rencontre avec le Christ, qui prit l’apparence d’un chevreuil le temps d’une conversation dans les bois, troubla beaucoup d’historiens.[26]  Pour ces derniers, l’irruption du Livre de Mormon reflète « la problématique théologique du revivalisme américain du dix-neuvième siècle, mais aussi la popularité des thèmes maçonniques ainsi que la littérature de polémique anti-maçonnique.  L’histoire de la découverte du Livre de Mormon est indissociable du climat de ‘folk-magic’, la magie populaire du dix-neuvième siècle ».[27]

            En définitive, le trésor que Smith déterra était religieux.  Et la mise à jour de cette perle théologique nous révèle un homme à la personnalité duelle et contrastée.  Certes, les chasses aux trésors et autres quêtes mystiques auxquelles le jeune homme se livra peuvent mener à penser que ce jeune provincial américain fasciné par le surnaturel n’était en fait que le simple fruit de son environnement.  Néanmoins, une fois le précieux livre découvert, la brebis égarée se fit prophète et afficha une volonté sans faille non plus de suivre les siens mais de les guider dans leur quête spirituelle.

En faisant la part belle à une interprétation libre de la Bible, l’effervescence religieuse qui gagna les Etats-Unis en cette première moitié du XIXème siècle, et en particulier la région qu’habitait Smith, laissait, a priori, peu de place à l’apparition de structures religieuses conformistes.  Bercés par un biblicisme libre et individualisé, les Américains du revival aspiraient à une religion de proximité, c’est à dire personnalisée et éminemment pragmatique.  Et bien que cette volonté de vivre les écritures librement soulignât une absence totale de consensus quant aux principes religieux fondamentaux,[28] c’est pourtant cette remise en question généralisée qui permit à de nombreux prêcheurs indépendants de trouver un public avide de nouvelles expériences et de nouveaux horizons spirituels répondant à leur préoccupations quotidiennes.

Héritier de ce contexte religieux et lui-même déçu de ne pas trouver satisfaction dans les églises existantes, Joseph Smith comprit que pour créer son mouvement il devait offrir bien plus que les églises et mouvements déjà en place.  En révélant le Livre de Mormon à ses contemporains, Smith se fixa pour objectif de dépasser les querelles herméneutiques, d’aller au-delà des simples réformes dissidentes.  Son église devait innover, créer de nouveaux référents, et offrir des réponses là où la bible montrait ses limites.  Pour autant l’Evangile demeurait, pour l’ensemble des acteurs du renouveau, l’élément fédérateur, le lien qui les unissait dans une même ferveur religieuse.  Si la tradition chrétienne devait être certes abandonnée, il était en revanche impensable de renier le Christ.  Le Livre de Mormon en serait un nouveau témoignage, mais celui-ci devait prévaloir sur la bible.

 

 

- L’appropriation du christianisme par le Livre de Mormon

L’auteur Jan Shipps nous rappelle que, chronologiquement, le Livre de Mormon n’est pas à l’origine de la création du mouvement,[29] mais qu’il est venu, par la suite, valider deux révélations ordonnant à Smith de rétablir sur terre le sacerdoce disparu depuis des siècles.[30]  Toutefois, le soutien matériel, la « preuve » que le livre vint apporter à ces révélations constitue l’atout théologique majeur du mormonisme.  Et, il y a fort à parier que sans la parution du livre, les révélations seraient restées affabulations et que le mouvement ne serait jamais devenu église.  En cela, le Livre de Mormon est la pierre d’angle sur laquelle repose l’église.

            De l’aveu même de Joseph Smith, il ne pouvait y avoir de mormonisme sans Livre de Mormon : « Si l’on écarte le Livre de Mormon et les révélations, où est notre religion ?  Nous n’en avons pas »[31].  Et d’affirmer aux siens que le livre « est le plus correct de tous les livres de la terre et la clef de voûte de notre religion »[32].  Face à une Bible jugée défaillante, il permet à l’homme « qui en suit les préceptes de se rapprocher davantage de Dieu que n’importe quel autre livre»[33], car il « fut écrit pour témoigner que Jésus est le Christ »[34], et pour révéler au monde « les choses claires et précieuses » qui furent soustraites des autres testaments[35].

De prime abord, le Livre de Mormon semble apporter sa contribution et son soutien à la bible et prétend offrir « un témoignage nouveau et supplémentaire de ce que Jésus-Christ est le fils du Dieu vivant et de ce que tous ceux qui viennent à lui et obéissent aux lois et aux ordonnances de son Evangile peuvent être sauvés. »  Mais, au-delà d’un simple apport, c’est bel et bien la complétude, l’exhaustivité, « la plénitude de l’Evangile éternel » que l’ouvrage revendique.  Sous couvert d’une contribution à la bible et en particulier au Nouveau testament, le Livre de Mormon ambitionne en fait de les supplanter avec un texte qui expose « la doctrine de l’Evangile, décrit le plan de salut et dit aux hommes ce qu’ils doivent faire pour obtenir la paix dans cette vie et le salut éternel dans celle à venir. »[36]

La conversion au mormonisme passe par la pleine acceptation du Livre de Mormon.  Une hérésie pour l’ensemble de la chrétienté dont le credo se voit remis en question dans le livre.  En cela l’église de Smith est bien issue d’un schisme religieux.  Mais cette dissidence n’est pas née de l’émancipation d’une église donnée.  Elle est le fruit d’une rupture avec la tradition chrétienne et le symbole d’un nouveau départ pour celle-ci.  Dès son introduction, le Livre de Mormon affiche clairement ses ambitions : parfaire la bible, incarner l’Evangile, et du même coup transcender le christianisme.

            La hiérarchie a priori établie entre Bible et « révélations modernes »[37] s’inverse alors : repris et enrichi par les écritures mormones, l’évangile biblique devient un support venant accréditer la véracité du Livre de Mormon.  Cette idée, confortée par le fait que l’évangile mormon serait en grande partie historiquement antérieur à l’évangile biblique, rompt avec le principe d’unicité biblique et rouvre un canon jusque là accepté comme fermé.  Ce n’est donc pas une nouvelle réforme du christianisme que se propose d’accomplir le Livre de Mormon, mais bel et bien sa refonte totale par la restauration d’un évangile étranger à la bible.  Les écritures mises à jour par Smith sont un « nouveau témoignage de Jésus-Christ »[38] et offrent, selon le prophète, des réponses aux chrétiens qui ne trouvent pas entière satisfaction dans les testaments.[39]

            Cette primauté sur la bible permet à l’église mormone d’affirmer que « ceux qui obtiendront ce témoignage divin du Saint-Esprit sauront aussi, par le même pouvoir, que Jésus Christ est le sauveur du monde, que Joseph Smith est son révélateur et son prophète en ces derniers jours et que l’Eglise de Jésus-Christ des Derniers Jours est le royaume du Seigneur établi de nouveau sur la terre pour préparer la seconde venue du Messie »[40].  Grâce au Livre de Mormon, l’église se perçoit comme la représentante de Dieu sur terre œuvrant à la préparation du Millénium.  Le mormonisme s’approprie ainsi l’histoire chrétienne et affirme clairement ses ambitions millénaristes.

Dès les premières pages, le Livre de Mormon prophétise de « grands malheurs », ainsi qu’un avenir babylonien aux habitants de Jérusalem plongés dans le péché.  Les annales débutent donc leur récit par la chute de la Maison d’Israël et font ainsi reposer leur narration sur un contexte biblique à valeur historique, ce qui présente l’avantage de renforcer la plausibilité de leur histoire.  En revanche, la nouveauté vient du fait que l’auteur de ce récit, Néphi, précise que sa famille, bénie de Dieu grâce à « sa foi » et « son humilité de cœur », reçut la promesse d’échapper au pire et d’être guidée « vers une terre de promission », « une terre préférable à toutes les autres terres de la terre », l’Amérique.  Le Livre de Mormon met ainsi en scène l’exil d’une famille fuyant Israël pour le continent américain et, ce faisant, taille une brèche dans le déroulement de l’histoire biblique telle que nous la connaissons et délocalise ainsi une partie de l’histoire hébraïque, porteuse en son sein d’un christianisme à venir.  Avec la famille de Néphi, c’est le berceau du christianisme qui part pour l’Amérique.[41]

Sans ambiguïté, les 15 premiers chapitres du Livre de Néphi (le premier livre des annales formant le Livre de Mormon) font état de l’origine divine de ses révélations qui ont poussé Néphi et les siens à l’exil, et présentent la finalité chrétienne de cette diaspora.  Dès les chapitres 10 et 11, avant même l’embarquement pour la terre promise, la Vierge et le Christ apparaissent à Néphi pour lui prédire la dispersion des tribus, la naissance du Christ, les miracles, la crucifixion, la rémission des péchés.  Le futur ministère du Christ lui est également montré et il est fait mention d’un dénouement destructeur et vengeur.  D’emblée, Néphi et les siens sont présentés comme les sauveurs d’un christianisme encore à venir mais déjà menacé, et le récit prend rapidement des allures de catéchisme.

Les prophéties s’enchaînent au fil des pages et, au chapitre 12, Néphi reçoit la promesse que, si les siens observent les commandements révélés, une fois établis sur la terre de promission, le Sauveur leur apparaîtra et les guidera.  Le chapitre 13 promet alors un grand avenir à la terre qui accueillerait les Néphites, mais prophétise également, qu’à l’issue d’une ère de grande prospérité, des rivalités et dissidences surgiraient parmi le peuple de Néphi et déboucheraient inéluctablement sur des guerres fratricides.  A terme, Dieu abandonna les fils de Néphi aux mains de leurs sanguinaires frères dissidents, les Lamanites[42], ce qui entraîna la disparition pure et simple des néphites.  A leur tour, les Lamanites furent déchus à cause de leurs péchés, et rendus à l’état sauvage.  Aujourd’hui, il ne resterait que le Livre de Mormon pour témoigner de l’existence de cette première civilisation chrétienne.

         De toute évidence, un océan sépare le primitivisme mormon et le primitivisme chrétien traditionnel.  Et si le caractère inédit du récit néphite est de nature à dérouter le lecteur, ce dernier doit faire un effort supplémentaire pour accepter la chronologie proposée par cette narration.  La plus grande surprise vient du fait que les préparatifs à l’exil se déroulèrent, selon le Livre de Mormon, aux alentours de 600 avant J-C.  Néphi aurait donc rencontré le Christ et reçu ses premiers enseignements six siècles avant la naissance (charnelle) du sauveur.  Une idée subversive pour la tradition chrétienne puisqu’elle offre aux Néphites (dont il n’existe à ce jour aucune trace) le statut de première civilisation chrétienne. Par ailleurs, il est à noter que cette primeur est renforcée par le fait que dix des quinze livres formant le Livre de Mormon font le récit d’événements survenus avant la naissance de Jésus, et que chacun de ces livres se montre fort généreux, voire redondant, en enseignements chrétiens.  En devenant chrétiens avant la naissance de Jésus, les Néphites créent un précédent, qui défie le christianisme traditionnel.

Mais le christianisme néphite aurait en fait atteint son apogée et affirmé réellement sa prépondérance en 34 ap. J.C., lorsque le Christ ressuscité établit son ministère parmi les Néphites.  Pour l’église mormone, il s’agit là de « l’événement culminant du Livre de Mormon »[43] qui voit dans l’établissement de ce second ministère le désaveu du premier, celui du Nouveau testament.  A ce stade du récit la simple brèche taillée dans le déroulement de l’histoire chrétienne donne lieu à une complète restauration du christianisme dans un autre espace-temps.  De fait, pendant ce court règne parmi la peuplade américaine, le Christ reproduisit l’essentiel de ses actions de grâce connues de l’évangile biblique.  Il offrit ses enseignements, accomplit des miracles, condamna les impénitents, prophétisa sur son règne à venir et, surtout, désigna douze apôtres[44] auxquels il conféra le pouvoir de baptême.[45]  A ces élus, il confia la bonne garde et la propagation de ses lois et commandements[46] pour qu’ils établissent, à sa demande, l’église qui porterait son nom, l’Eglise du Christ.

D’un point de vue purement narratif, la lente déchéance néphite constitue l’essentiel du récit historique des annales et semble avoir pour unique objectif de servir de fil conducteur aux visées spirituelles du Livre de Mormon.  Qu’importe alors que cette tribu exilée sur le nouveau continent disparut pourvu que son évangile lui survive.  Grâce aux prophéties reçues, les Néphites vécurent dans l’anticipation d’une décadence chrétienne annoncée, assurés que la pureté de l’évangile, transmit « par la main des douze apôtres de l’Agneau », serait dénaturée par la « la grande et abominable église » qui en ôterait « de nombreuses parties » et briserait ainsi les « alliances du Seigneur ».[47]  Les Néphites disparurent avec la conviction que leurs annales dissimulées réapparaîtraient en temps voulu[48] et que leur christianisme triompherait.  Grâce à la venue providentielle d’un messager de Dieu répondant au nom de Joseph, les annales néphites contenant la plénitude de l’évangile seraient révélée au monde et triompheraient pour guider les hommes vers l’Eternel, assure le Livre de Mormon :

Le Seigneur, mon Dieu, suscitera un voyant qui sera un voyant de choix pour le fruit de mes reins.  […] Je lui donnerai le commandement d’accomplir […] une œuvre qui aura une grande valeur pour eux, à savoir, de les faire parvenir à la connaissance des alliances que j’ai faites avec tes pères.  […] Et il sera grand comme Moïse, dont j’ai dit que je te le susciterai pour délivrer mon peuple, ô maisons d’Israël.  […]  C’est pourquoi, le fruit de tes reins écrira, et le fruit de tes reins de Juda écrira, et ce qui sera écrit par le fruit de tes reins, et aussi ce qui sera écrit par le fruit des reins de Juda, se rejoindra pour confondre les fausses doctrines, et mettre fin aux querelles, et faire régner la paix parmi le fruit de tes reins et le faire parvenir à la connaissance de ses pères dans les derniers jours […].  Et de faible qu’il était, il sera rendu fort, en ce jour où mon œuvre commencera parmi mon peuple pour te rétablir, ô maison d’Israël, dit le Seigneur.  Et c’est ainsi que Joseph a prophétisé, disant : […] Voici, je suis certain de l’accomplissement de cette promesse ; et il sera appelé du même nom que moi et ce sera le même nom que celui de son père.  Et il sera semblable à moi, car ce que le Seigneur fera paraître par sa main, par le pouvoir du Seigneur, amènera mon peuple au salut.[49]

Près de 1500 ans plus tard, Joseph Smith découvrit les annales et les porta à la connaissance du monde, réhabilitant ainsi ce qu’il considérait être un évangile corrompu par l’histoire, et offrant à ses contemporains la possibilité de restaurer l’Eglise telle que le Christ l’avait souhaitée.[50] 

 

 

- Affirmer l’unicité du livre en faisant face à la critique

Le mormonisme entretient des rapports particuliers avec le passé.  Apparue près de deux millénaires après le Christ dont elle revendique l’héritage spirituel, l’église mormone souffre du vide historique qui la sépare de son référent religieux, le primitivisme chrétien.  Comparée aux églises traditionnelles, celle de Smith fait office de génération spontanée, de jeune mouvement né du mystère, si ce n’est du néant.  Dès sa naissance, le mormonisme ressent viscéralement le besoin de faire oublier ce « trou noir » qui le sépare de sa source spirituelle.  Et bien que la volonté divine soit régulièrement invoquée pour justifier (à défaut d’expliquer) les raisons de la venue au monde tardive de cette « véritable église », la ferveur qu’elle déploie pour remonter le temps (que ce soit par des recherches généalogiques sans égal ou d’étonnantes fouilles archéologiques) soulignent encore davantage ce complexe de jeunesse.

C’est dans ce contexte que le Livre de Mormon prend toute sa valeur.  En révélant l’existence d’une civilisation chrétienne primitive à laquelle l’église peut se rattacher, les annales néphites ouvrent une voie détournée qui permet aux mormons de palier leur manque, tant sur le plan historique que religieux.  L’apparition de ces écritures saintes permet alors aux mormons de s’inscrire dans une histoire chrétienne et va même jusqu’à les promouvoir garants de l’Histoire chrétienne, la vraie.  Si l’église mormone perçoit parfois sa jeunesse comme un handicap, c’est en fait cette jeunesse qui lui permet aussi de revendiquer un primitivisme épargné par les affres du temps ; en somme, la restauration du christianisme originel.  Pour ce faire, le Livre de Mormon greffe sur un contexte biblique reconnu une histoire chrétienne alternative et théoriquement non moins probable que les narrations bibliques, mais à laquelle seul Smith eut jamais accès, et donc théoriquement préservée de la main des hommes.  Au final, le Livre de Mormon présente un évangile aux allures traditionnelles, mais en détourne la source et les objectifs chrétiens.  Le christianisme est « mormonisé ».

La publication du Livre de Mormon en 1830 rendit publique la naissance du mormonisme et consacra l’Eglise restaurée de Joseph Smith.  En un an le Livre de Mormon fit plus d’un demi-millier d’adeptes.  A la fin de la décennie ce chiffre fut multiplié par 30, alors qu’à la mort de Joseph Smith en 1844, le mormonisme comptait plus de 25 000 fidèles.[51]  Mais le Livre de Mormon rencontra, dès sa sortie, une opposition à la hauteur de son succès dont les causes furent multiples.  Nul doute que la réputation de Smith et le succès rencontré par son église dérangea autant les milieux religieux que laïques.  Le Livre de Mormon, par sa nature et son contenu, cristallisa les critiques et fédéra durablement les anti-mormons.  Malgré les critiques et une violente répression qui forcèrent les mormons à l’exil à la suite de l’assassinat de leur prophète, les mormons défendent avec le plus grand dévouement, et en déployant parfois d’impressionnant moyens, cet ouvrage qui fait la particularité de leur culte.

            Au-delà du folklore qui entoure la découverte des annales, les détracteurs du mormonisme fustigèrent le contenu du livre en de nombreux points.  Dans le contexte historique préalablement décrit, le fait que le Livre de Mormon soit simplement le fruit de l’imaginaire de Joseph Smith est bien sûr la critique la plus couramment avancée par les détracteurs du mormonisme.  Pour s’en convaincre, de nombreux exégètes passèrent le livre à la loupe et en conclurent que celui-ci était en partie plagié sur la Bible dans la version du roi Jacques.  Impossible, répondent les mormons pour qui les annales néphites sont antérieures à la Bible.  L’honnêteté de Joseph Smith ne peut être remise en cause.  Si similitudes il y a, celles-ci prouvent précisément l’authenticité et la véracité du Livre de Mormon.  « Comment est-il pensable qu’un adolescent, issu de l’Amérique provinciale du XIXème siècle et ayant reçu une maigre éducation scolaire ait pu rédiger un tel ouvrage ? », me demanda un jour un fidèle à qui je posais la question à l’occasion du cent-cinquantenaire du mormonisme en France.

            Mais le principe de la méthode Coué ne suffit pas à défendre l’origine divine du livre dont la qualité littéraire fut maintes fois remise en question.  A titre d’exemple, l’origine du livre fut une nouvelle fois ébranlée dans les années 1980 par un exégète qui montra que des erreurs uniques à la Bible dans le version du roi Jacques de 1769 utilisée par Smith furent reproduites dans le Livre de Mormon.  La polémique suscitée par la découverte de cet universitaire mormon émanait, cette fois-ci, du cœur de l’église.  L’enseignant dût démissionner.[52]  Les mormons ne nient pas que Smith fût familier de la Bible et que les écrits de Smith présentent de nombreuses similitudes, notamment idiomatiques avec la version en question.  Mais alors, pourquoi en reproduire les erreurs ?  Dans un commentaire pour le moins ambigu, Barlow affirme que c’est précisément les imperfections de cette bible qui poussèrent Smith à la choisir car cette bible semblait offrir la « malléabilité » nécessaire aux adaptations prophétiques de Smith.[53] 

Au delà des conflits d’exégètes, plusieurs anachronismes peuvent être immédiatement repérés lors d’une simple lecture du Livre de Mormon.  Le plus évident est l’utilisation de chevaux par les Néphites alors que l’animal fut importé dans le nouveau monde bien des siècles plus tard par les colonisateurs espagnols.  Egalement, l’emploi de l’acier pour les armes de guerre et l’utilisation de certains outils comme la roue, pas encore inventés à l’époque de la narration, pose des problèmes de cohérence.  Joseph Smith tenta de se justifier en expliquant que la traduction qu’il effectuât sous inspiration divine nécessitait certaines approximations lexicales de sorte que la transcription fût compréhensible et accessible à tous.  Et que s’il ne s’agissait pas de chevaux ou d’acier, il s’agissait d’animaux ou de matériaux très similaires pour lesquels il n’existait probablement pas de termes équivalents.[54]

            Mais la crédibilité du Livre de Mormon se heurte à d’autres difficultés, d’ordre historique et géographique.  Un problème de taille réside dans le fait que Smith découvrit les plaques contenant les annales sur la colline de Cumorah, dans le nord de l’Etat de New York, là où Néphites et Lamanites s’établirent avant de se livrer un ultime combat.  Or les chercheurs ne purent faire aucune découverte venant prouver la réalité de ces faits.  Si les plaques demeurent introuvables car, selon Smith, celles-ci sont précieusement protégées de la curiosité des hommes par la volonté divine, les archéologues semblent plus que sceptiques sur l’existence passée de l’ancienne civilisation dans cette partie de l’Amérique. 

On lança alors l’idée qu’une autre colline de Cumorah pût exister, ailleurs, probablement au sud du continent, là où des traces d’anciennes civilisations furent mises à jour.  De fait, dès ses premières années, l’église de Smith s’intéressa à l’histoire de l’Amérique centrale précolombienne et montra un intérêt particulier pour la civilisation maya pensant voir en elle d’intéressantes ressemblances avec le peuple néphite.  Mais là encore les espoirs de l’église furent contrariés par de nouvelles difficultés chronologiques puisque les vestiges mayas retrouvés seraient, selon Ostling, postérieurs à l’extinction néphite.[55]

            L’église se tourna aussi vers les Lamanites, dissidents néphites qui exterminèrent ces derniers et que Dieu désavoua pour leurs violences.  En signe de châtiment, les Lamanites virent leur peau s’assombrir et furent réduits à l’état sauvage.[56]  L’église mormone identifie les Lamanites comme « les principaux ancêtres des Indiens américains ».[57]  Malheureusement pour l’église, cet épisode du livre ne résiste pas à l’analyse de tests ADN qui montrent l’absence d’origines communes avec une ethnie sémite.  L’affiliation entre les fils de Léhi (Néphites et Lamanites) et autochtones américains est pour le moment génétiquement évincée.[58]

Face à tant de critiques, l’église s’est organisée pour se battre sur chaque point qui remet en question le Livre de Mormon.  En 1979, la Foundation for Ancient Research and Mormon Studies (FARMS), menée par le très prolixe et autrefois incontesté universitaire mormon Dr. Hugh Nibley, vit le jour, avec pour but de prouver par « l’étude et la recherche» la véracité du canon et de développer notre connaissance de « la naissance de la tradition chrétienne, des temples anciens et d’autres sujets ».  Bien que FARMS précise que ses recherches n’engagent pas la position des autorités religieuses, l’actuel président de l’Eglise, Gordon B. Hinckley, invita, en 1997, la fondation à intégrer l’université mormone Brigham Young University (BYU) qu’il supervise en siégeant à la tête du conseil d’université.[59]

Ayant fusionné avec un autre institut universitaire de BYU, FARMS bénéficie désormais du soutien et de la contribution d’un ensemble d’universitaires « multidisciplinaires », avec pour objectif de donner à ses recherche un cadre « multidimensionnel ».  Réunissant désormais spécialistes en écritures et histoire anciennes, paléographes, anthropologues, archéologues, géographes, économistes et autres (parfois internationalement reconnus pour des travaux moins engagés), FARMS et l’Institut ont pour but de donner la réplique à la critique, mais commettent l’erreur de partir du postulat que ce qu’ils tentent de justifier est nécessairement vrai.  Ainsi la fondation indique clairement que les projets des jeunes chercheurs sont acceptés ou rejetés par leurs pairs et que leurs écrits sont supervisés pour « s’assurer que leurs travaux sont guidés et accomplis en accord avec l’adhésion et la confiance envers les enseignements spécifiques de la Restauration ».  Les recherches doivent être motivées « par l’étude mais aussi par la foi ».[60]

Pour défendre le Livre de Mormon, et répondre aux attaques mentionnées précédemment, FARMS publie une impressionnante quantité d’articles et d’ouvrages.  Certains tentent de retracer les migrations des Néphites malgré de cruelles incertitudes. [61]  D’autres s’intéressent aux similitudes entre le dieu maya et Jésus-Christ.[62]  Poursuivant la voie mésoaméricaine, un auteur reprend l’idée de deux collines répondant au nom de Cumorah, avant de conclure que si ce fut probablement le cas, il ne s’explique pas comment les annales voyagèrent de l’Amérique centrale jusqu'à l’Etat de New York, si ce n’est par le pouvoir de Dieu.[63]  Préférant tenter de retrouver des traces néphites en Amérique centrale ou au Moyen orient, peu nombreux sont les auteurs qui cherchent des preuves sur le sol étatsunien.  D’aucuns s’y essayèrent mais ce fut alors pour affirmer que la seule et vraie colline de Cumorah était bien dans l’Etat de New York, venant alors contredire les écrits d’un confrère.[64]

La quête de preuves scientifiques pour prouver le bien-fondé du Livre de Mormon suscita même la controverse au sein du vénérable Smithsonian Institute pendant les années 1990.  Soumis aux pressions de l’Eglise, l’Institut américain aurait en effet fini par prendre le Livre de Mormon en considération pour ses recherches archéologiques sur l’origine des peuplades américaines, mais se défend de s’en être servi comme d’un « guide scientifique ».[65]  Aujourd’hui, les universitaires mormons sont fiers d’annoncer que sur la question des premières migrations vers le continent américain, un archéologue du Smithsonian avoue que la chose est « bien plus complexe que ce que nous avons pu penser par le passé » et que de nombreuses incertitudes demeurent tant sur l’origine des peuplades, que sur les passages empruntés et les moyens de transport utilisés.[66] 

Cette incertitude est un tremplin pour les universitaires qui souhaitent remettre en question les comparatifs ADN menés sur les populations israélites et amérindiennes.  Ainsi FARMS clame que des zones d’ombre subsistent sur cette partie de l’histoire du monde, et que « nous ne savons de quoi avait l’air l’ADN des Israélites antiques ou celle des Néphites/Lamanites.  Les populations juives contemporaines peuvent très bien ne pas être à l’image de leur ancêtres israélites à cause des mariages entre familles et des transformations survenues pendant les derniers millénaires ».[67]  C’est en substance, ce qu’affirme la dizaine d’articles publiés en un an par les universitaires mormons qui semblent, pour le moins, préoccupés par ces révélations scientifiques.  Fait suffisamment rare pour être mentionné, les autorités mormones sortirent également de leur retenue habituelle pour contester, en reprenant certains articles par le biais du site officiel de l’église, les résultats ADN.[68]

Cette guerre des hypothèses suscite de nombreuses vocations, essentiellement du côté mormon, à l’instar du Projet Néphi (Nephi Project) qui promet la « stupéfaction » [69] face à ses découvertes.  Focalisant essentiellement ses recherches en Arabie Saoudite, le Projet Néphi est fier d’annoncer la localisation de terres, montagnes et ruisseaux que les critiques affirmaient jusque là inexistants, et qui vient « confirmer les théories du Dr. Hugh Nibley »[70].  A travers « 81 preuves »[71], obtenues en dressant des parallèles entre les sites découverts et les descriptions pour le moins vagues faites dans le Livre de Mormon, les chercheurs du Projet Néphi affirment avoir reconstitué une grande partie de l’exode néphite jusqu’au lieu où ces derniers bâtirent leur navire afin d’embarquer pour l’Amérique.

Le groupe de recherche revendique son indépendance, mais bénéficie naturellement d’un fort soutien mormon puisque ses fouilles font l’objet d’expositions à l’université Brigham Young, que certains de ses travaux sont publiés dans FARMS, et que ces ouvrages, vidéos et CD-Roms sont en vente dans les magasins de l’église, les Deseret Book Stores.[72]  Le projet rassemble des explorateurs venus du monde entier, mais là encore, la démarche semble tout aussi subjective que peut l’être celle des critiques de leurs opposants car, « dédiés à la découverte », les participants du projet « savent [d’emblée] que le Livre de Mormon est un livre historique », et ils entendent réunir « les preuves empiriques et incontestables qui existent encore à ce jour pour soutenir cette affirmation ».[73]

            Au vu des faits exposés, la valeur historique du Livre de Mormon à laquelle tient tout particulièrement l’église, puisqu’elle cautionne la valeur religieuse des écrits, manque cruellement de preuves matérielles, et ce malgré l’importance des efforts savants déployés et des « indices » trouvés.  Face aux menaces qui pèsent sur la crédibilité du Livre de Mormon, et donc sur celle de l’église, certains aimeraient trouver un compromis.  C’est le cas de mormons qualifiés de libéraux qui admettent la possibilité d’inexactitudes historiques sans que cela entache la réalité et la force du message spirituel, de sympathisants telle que l’universitaire Jann Shipps qui préfère prendre en considération la puissance spirituelle et fédératrice de l’évangile d’une église aux intentions louables plutôt que l’origine de l’ouvrage, ou encore de l’église mormone réformée (branche dissidente à la mort de Joseph Smith) qui admet la nécessité d’appréhender les problèmes avec honnêteté intellectuelle.

            Bien que les autorités religieuses de l’église majoritaire « s’abstiennent sagement de s’impliquer officiellement sur la géographie du Livre de Mormon »[74], elle rejette pleinement les remises en questions de ses détracteurs, et répugne à prendre en compte ce qu’elle considère être des « positions révisionnistes ».  Comme le rappelle le président actuel de l’église, Gordon B. Hinckley, « pour le mormon moyen, le respect de l’église passe par une foi forte et inébranlable. »[75]  Le Livre de Mormon ne peut être vrai qu’en partie : il est la plénitude de l’évangile, la raison pour laquelle l’église mormone revendique son statut d’église du Christ.  Le credo mormon est on ne peut plus clair sur le sujet : « Nous croyons que le Livre de Mormon est la parole de Dieu ».[76]  Sur ce fait, l’église ne transige pas.  Joseph Smith traduisit les annales sous inspiration divine.  Dieu fut donc le seul intermédiaire.  Le livre ne peut donc contenir d’erreurs.  Sur ce principe de pureté, un historien mormon, Rodney Stark, compare le Livre de Mormon à la vision qu’ont les musulmans du Coran.  Il n’explique pas le phénomène de retranscription et le compare à l’inspiration que Mozart devait ressentir lorsqu’il composait.[77]

            A défaut de mieux, l’église « invite le monde entier à lire le Livre de Mormon, à méditer dans le cœur le message qu’il contient et à demander ensuite à Dieu, le Père éternel, au nom du Christ si le livre est vrai.  Ceux qui agiront de cette façon et demanderont avec foi obtiendront, par le pouvoir du Saint Esprit, le témoignage de sa véracité et de sa divinité ».[78]  « Cela peut prendre du temps », me confièrent des étudiants mormons rencontrés en Utah.  « J’ai prié chaque soir pendant près d’un an », affirma l’un d’entre eux, reconnaissant qu’il finissait par trouver la situation presque ridicule.  Mais un jour sa « patience, persévérance et sincérité » furent récompensées : il sut.

            Comme un besoin ou une nécessité, le témoignage « Je sais que le Livre de Mormon est vrai » vient conclure la quasi-totalité des discours et récits prononcés lors de rassemblements officiels ou officieux entre fidèles.  La véracité du livre semble être quelque chose qui ne se prouve pas mais qui se ressent.  C’est une affaire de foi.

            Contacté par des missionnaires de l’église, j’acceptai un jour de suivre six leçons sur le contenu du livre, en ayant l’honnêteté de reconnaître que j’étais davantage motivé par un intérêt universitaire que spirituel : une façon pour moi de relire le livre avec un regard différent.  Après le premier entretien, il fut décrété qu’il était impossible de poursuivre l’enseignement car mon intérêt intellectuel pour l’ouvrage interférait avec la pureté de cœur nécessaire à la révélation.  A ce jour, je ne sais donc toujours pas.

 

Selon les fidèles, le Livre de Mormon permet de révéler au monde la plénitude de l’évangile du Christ.  Pour les autres chrétiens, le livre est un faux, une hérésie qui permit à Smith de s’immiscer dans l’histoire chrétienne et à son église de se présenter sous un jour sécurisant en se revendiquant du christianisme originel, mais avec le but de se l’approprier.  Redéfinissant la nature et l’histoire du christianisme, l’ouvrage symbolise le particularisme mormon que l’église entend défendre envers et contre tous.

Mais au-delà du livre à proprement parler (dont la lecture est préconisée de façon quotidienne par les autorités de l’église), la personnalité de Smith, le mystère, les prophéties et les révélations qui entourent la découverte et la traduction des annales en disent encore davantage sur les fondements de la théologie mormone.  Incarnant la renaissance du christianisme, le mormonisme se saurait se contenter d’ouvrage composés au passé.  L’Église compte démontrer que le christianisme est bien vivant, actuel et tourné vers l’avenir.  Son objectif, le Millenium, le retour du Royaume de Dieu sur terre, est encore à atteindre.  Et pour ce faire, le mormonisme a besoin d’une guidance divine et prophétique qui lui soit contemporaine, adaptée à son besoin de vivre et de faire vivre l’évangile au quotidien. 

 

 

NOTES DE BAS DE PAGES

[1] Livre de Mormon, Mos. 1:3.  [2] Récit abrégé par Moroni et qui se trouve donc dans le « livre d’Ether », l’avant dernier récit du Livre de Mormon.  [3] Dieu se serait adressé à ces peuples, leur indiquant de fuir pour échapper à la mort.  Pourvoyant à tous leurs besoins, Il aurait notamment aidé l’un d’entre eux à construire un bateau pour traverser les « grandes eaux ».  Un épisode qui n’est pas sans analogie avec l’arche de Noé.  [4] Récit qui préfigure celui des Jarédites dans le recueil puisque le Livre de Mormon s’ouvre avec le « livre de Néphi ».  [5] Cette date fut donnée a posteriori par Joseph Smith, mais il existe des témoignages contradictoires sur l’exactitude de celle-ci.  Voir BRODIE, Fawn M., No Man Knows My History – The Life of Joseph Smith, Vintage Books, 1945, ré-édition 1995, p. 24.  [6] Perle de grand prix, « Joseph Smith, Histoire », 1:11-20.  [7] INTROVIGNE, Massimo, Les Mormons, p. 13.  [8] « Et vous avez  annulé la parole de Dieu au nom de votre tradition.  Hypocrites ! Isaïe a joliment prophétisé de vous, quand il a dit : ‘Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur cœur est loin de moi.  Vain est le culte qu’ils me rendent : les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains’. » La Bible, Mt 15:6-9 (Trad) [9] Perle de grand prix, « Joseph Smith, Histoire », 1:30, 33-34.  [10] Perle de grand prix, « Joseph Smith, Histoire », 1:35, 42.  [11] Perle de grand prix, « Joseph Smith, Histoire », 1:51-54  [12] Livre de Mormon, « Introduction »,   [13] Perle de grand prix, « Joseph Smith, Histoire », 1:60  [14] OSTLING, Mormon America, p. 12, 26.  [15] INTOVIGNE, Les Mormons, p. 12.  [16] INTROVIGNE, Les Mormons, p. 12. [17] QUINN, Michael D., Early Mormonism and the Magic World View, Salt Lake City, Signature Books, Revised and Enlarge Edition, 1998;  SMITH, Lucy Mack, Biographical Sketches, 1853 ré-édité dans le CD-Rom New Mormon Studies;  BRODIE, Fawn M., No Man Knows My History – The Life of Joseph Smith, Vintage Books, 1945.  [18] OSTLING, Mormon America, p. 24-25, 264.  [19] BRODIE, Fawn M., No Man Knows My History– The Life of Joseph Smith, Vintage Books, 1945, ré-édition 1995, p. 16-17.  [20] Perle de Grand prix, « Joseph Smith, Histoire », 1:56.  [21] BRODIE, No Man Knows My History, p. 18.  [22] BRODIE, No Man Knows My History, p. 26.  [23] INTROVIGNE, Les Mormons, p. 13.  [24] OSTLING, Mormon America, p. 24.  [25] BRODIE, Fawn M., No Man Knows My History, p. 16, 22.  [26] OSTLING, Mormon America, p. 266-67.  [27] INTROVIGNE, Les Mormons, p. 15.  [28] SHIPPS, Jan, Mormonism : The Story of a New Religious Tradition, University of Illinois Press, Urbana and Chicago, 1987, p. 34.  [29] SHIPPS, Jan, Mormonism : The Story of a New Religious Tradition, p. 77-78  [30] En 1829 un messager conféra à Joseph Smith et à un proche, Oliver Cowdery, la prêtrise d’Aaron, ainsi que la prêtrise de Melchisédek à venir, établissant ainsi la restauration du sacerdoce, disparu de la terre depuis des siècles (voir Joseph Smith, Histoire, 1:67-73).  C’est événement capital fut suivi, un an plus tard, d’une révélation qui certifia Joseph Smith en tant que prophète de l’église naissante, et attribua à cette dernière un credo appelé à se développer grâce aux interventions de Smith (voir Doctrines et Alliances, 20:1-36). [31] History of the Church, 2:52  [32] Joseph Smith cité dans Livre de Mormon, « introduction ». [33] Joseph Smith cité dans Livre de Mormon, « introduction ». [34] Guide des Ecritures, sous l’entrée « Livre de Mormon » dans la liste alphabétique des sujets.  [35] Voir le chapitre sur la Bible de la présente thèse. [36] Livre de Mormon, « introduction ». [37] Autre nom que l’église mormone a donné à l’ensemble de ses écritures saintes. [38] Sous-titre donné au Livre de Mormon par l’Eglise en 1981. [39] BARLOW, Mormons and the Bible, p. 11. [40] Livre de Mormon, « introduction ». [41] Livre de Mormon, 1Né.1-18. [42] Fidèles et descendants de Laman, frère de Néphi. [43] Livre de Mormon, « Introduction ». [44] Trois de ces apôtres se virent offrir la vie éternelle et la légende raconte que ces trois immortels continueraient à accomplir leur mission sur terre encore à ce jour et ce jusqu’à la venue du royaume du Christ. [45] 3Néphi 27. [46] 3Néphi 11-26. [47] 1Néphi 13:24-29. [48] 1Néphi 13:34-37. [49] Livre de Mormon, 2Né. 3:6-15. [50] 1Néphi 13:39-41. [51] Ces statistiques sont celles du 1999-2000 Church Almanac, « Church Statistics », Deseret News 1998, p. 550. [52] OSTLING, Mormon America, p. 267-268. [53] BARLOW, Mormons and the Bible, p. 151-152. [54] OSTLING, Mormon America, p. 273. [55] OSTLING, Mormon America, p. 269-70. [56] Livre de Mormon, 2Né.5:21-25. [57] Livre de Mormon, « introduction ». [58] OSTLING, Momron America, p. 273. [59] http://farms.byu.edu/aboutfarms.php. [60] http://farms.byu.edu/aboutfarms.php. [61] Analyse de NIELSEN, Harold K., “Mapping the Action Found in the Book of Mormon” par  John L SORENSON dans FARMS Review1989, FARMS (Provo, Utah), p. 119-120 ou http://farms.byu.edu/display.php?table=review&id=14. [62] WIRTH, Diane E., “Quetzalcoati, the Maya Maize God, and Jesus Christ” dans “Journal of Book of Mormon Studies” 2002, FARMS (Provo, Utah), p. 4-15 ou http://farms.byu.edu/display.php?table=jbms&id=298&previous=L3B1YmxpY2F0aW9ucy9ib29rb2Ztb3Jtb252aWV3LnBocA==.  [63] “Were There Two Cumorahs” dans Journal of Book of Mormon Studies 1995, FARMS (Provo, Utah), p. 260-268 ou http://farms.byu.edu/display.php?table=jbms&id=98&previous=L3B1YmxpY2F0aW9ucy9ib29rb2Ztb3Jtb252aWV3LnBocA==.