|

Joseph
Smith, le fondateur de l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des derniers
jours, avait pour objectif le retour au christianisme originel, et
celui-ci ne pouvait être rétabli, selon Smith, qu'en restaurant ce qu'il
considérait être l’ensemble des écritures saintes. Il est alors peu
étonnant que le mormonisme soit certainement le mouvement chrétien possédant
le plus d’écrits religieux.
Face à une bible qu'il jugeait corrompue par les hommes, Joseph Smith
entreprit de re-traduire les testaments afin d’y restituer « les choses
claires et précieuses » qui en furent soustraites. La premier prophète
mormon s’attela donc à la tâche avec pour seul support une bible de langue
anglaise et la bienveillance divine. Mort prématurément, il ne put
mener à bien sa mission, et la majorité des membres de son église continue
d’utiliser à ce jour des bibles « classiques ». L’histoire pourrait
donc paraître anecdotique si elle ne marquait d’emblée la volonté de
l’église de Smith de se démarquer de la théologie chrétienne traditionnelle
et de la marquer de son empreinte.
Mais à dire vrai, cet objectif de re-traduction revêt pour les mormons un
aspect secondaire puisqu’à l’époque où Smith entreprit de corriger la Bible,
le prophète avait déjà mis à jour et révélé aux siens l’existence du
Livre de Mormon, sorte de troisième testament jusque là préservé des
hommes. Véritable pilier théologique de l’église naissante, le livre
remanie l’histoire et la théologie chrétiennes, permettant ainsi à Smith de
légitimer sa volonté de Restauration et de s’introniser apôtre de la
véritable église du Christ.
Le canon mormon comprend également la
Perle de grand prix, un volume qui recense, en plus du credo mormon,
l’histoire personnelle de Smith, certaines des modifications qu’il avait
apportées à la Bible ainsi que d’obscurs textes saints dont il aurait fait
la découverte.
Pour faciliter pareilles transformations, la théologie mormone possède
encore un atout de taille : la révélation continue. En effet, les
mormons revendiquent un canon théologique ouvert car à tout moment de
nouvelles révélations peuvent être faites au prophète de l’église.
Celles-ci sont alors partagées avec les fidèles et, lorsque cela est jugé
nécessaire par les autorités de l’église, cataloguées dans
Doctrine et alliances pour être incorporées au canon. Venant
parfaire l’autorité du prophète à la tête de l’Eglise, sa parole, si
celle-ci est divinement inspirée, fait donc office d’écriture. D’un
pragmatisme parfois déconcertant et prompte à semer la discorde, le procédé
s’apparente bien sûr à une hérésie pour l’ensemble de la chrétienté, ce qui
accentue encore davantage le particularisme mormon. La révélation
continue permet ainsi à l’Eglise de s’adapter en redéfinissant, le cas
échéant, les orientations théologiques qu’elle définit pourtant comme
originelles. Si la révélation continue s’impose comme une évidence
pour les Saints qui ont comme mission de rétablir le royaume de Dieu sur
terre, elle génère dans sa pratique incrédulité et cristallise bien des
critiques.
Le désir de Smith de se démarquer des milieux religieux qui l’entouraient
devint manifeste dès la création du socle théologique mormon. Les
transformations ainsi apportées devaient permettre à la jeune église
d’offrir à ses fidèles d’autres référents et de leur dévoiler de nouveaux
horizons, faisant du mormonisme une religion unique en soi. A travers
cette refonte de l’ensemble des écritures chrétiennes, le mormonisme des
origines tente de parvenir à un équilibre délicat, affirmant sa volonté de
rupture sans jamais atteindre la fracture. Des efforts qui, dans les
faits, se soldèrent par un échec puisqu’ils devaient mener à l’assassinat du
prophète et contraindre la communauté à l’exil, jusqu’en dehors des
frontières américaines.
Composé de la Bible (malgré une certaine méfiance), du Livre de Mormon,
de la Perle de grand prix et de
Doctrine et alliances, le canon théologique mormon forme un tout.
Il va de soi que ces ouvrages sont considérés comme complémentaires et
indissociables puisqu’ils ont pour but de rétablir la plénitude de
l’Evangile éternel, selon les mormons. Une présentation de chacun des écrits
permet également de mettre en évidence la façon dont ils ont contribué à
ancrer la théologie mormone dans un principe d’unicité religieuse, unicité
nécessaire, selon elle, au bon déroulement du schéma divin pour mener les
Saints au millénium.
|