LA THÉOLOGIE MORMONE ET SES ORIGINES

Les Saintes Écritures mormones et la Restauration chrétienne

 

 

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Index / Saintes Ecritures et Théologie / Les autres Ecritures mormones

 

 

 

           L’empreinte de Joseph Smith et son goût pour le miraculeux se retrouvent dans l’ensemble du canon mormon.  A ce titre, la Perle de grand prix et Doctrine et alliances n’échappent pas à la règle : ces deux ouvrages, qui viennent développer les doctrines introduites par le Livre de Mormon, font également la part belle au mystère et au surnaturel, dans ce qui, au final, s’apparente au déballage doctrinaire d’un culte soucieux de rectifier les fondements du christianisme tel que nous le connaissons.

            L’Église définit la Perle de grand prix comme « un choix de textes précieux relatifs à de nombreux aspects importants de la foi et de la doctrine de l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours », et précise que « ces textes proviennent de Joseph Smith, le prophète »[1].  En plus de certaines des rectifications apportées à la Bible, le recueil contient le très controversé Livre d’Abraham, ainsi qu’une autobiographie de Joseph Smith, et les Articles de foi qui constituent le credo mormon.  Sous ses allures de fourre-tout, la Perle de grand prix contient donc de précieuses informations qui permettent d’enrichir les enseignements du Livre de Mormon et de préciser les positions théologiques de Smith et de son église.  Un simple survol de ces textes s’avère exceptionnellement riche en enseignements mormons, mais particulièrement subversif pour le christianisme traditionnel.

            Les précisions théologiques livrées pêle-mêle dans la Perle de grand prix sont généralement confortées par Doctrine et alliances qui énumère de façon chronologique les révélations faites aux « prophètes modernes » et finalise ainsi les orientations et objectifs théologiques de l’Eglise.  Occupant « une place à part parce qu’il n’est pas la traduction d’un document antique, mais d’origine moderne et donné par Dieu, par l’intermédiaires des prophètes », ce second recueil est une compilation « de révélations divines et de déclarations inspirées données en vue de l’établissement de l’administration du royaume de Dieu sur la terre dans les derniers jours ».  Bien que pour la plupart reçues par Smith, ces révélations indiquent que Dieu communique toujours avec les dirigeants de l’Eglise et lance « messages, avertissements et exhortations […] au profit de toute l’humanité et [de] tous les peuples […] pour leur bien-être temporel et leur salut éternel ».[2] 

Plus qu’un simple outil qui permit à Joseph Smith de remanier l’Evangile, en corrigeant les testaments ou en y ajoutant de nouveaux textes, ce principe de révélation continue est pour l’Eglise une façon de faire face au quotidien sans se détourner de son objectif millénariste.  Lui permettant d’évoluer pour faire cohabiter textes et doctrines anciennes avec les exigences du présent, les paroles divinement inspirées de la présidence mormone deviennent alors paroles d’évangile.  Garantes de la survie de l’Eglise dans l’adversité (quitte à revenir sur certaines valeurs fondatrices du mormonisme), les révélations ajoutées au canon font régulièrement preuve d’un pragmatisme déconcertant, allant parfois jusqu’à servir des intérêts particuliers.  Dans ce contexte, la révélation continue semble être à la fois la force et la faiblesse d’une Restauration chrétienne qui, paradoxalement, devient évolutive. 

Fabrice Cellier

 

 

- La Perle de Grand Prix ou le fourre-tout théologique de l’église naissante

            Si Joseph Smith est bien l’auteur de l’ensemble des textes contenus dans la Perle de grand prix, sa disparition prématurée ne lui permit pas de les compiler en un recueil.  La première version de la Perle de grand prix fut publiée sept ans après la mort de Joseph Smith, en 1851, par le président de la mission britannique, preuve que ses successeurs tenaient à poursuivre dans la digne lignée l’œuvre du fondateur.  « Le but de ce recueil était de rendre plus facilement accessibles des documents importants qui n’avaient reçu qu’une diffusion limitée du temps de Joseph Smith » et il fallut attendre la présidence du troisième prophète, John Taylor, en 1880, pour voir ces textes canonisés.[3]  En cela, la création de la Perle de grand prix ressemble à la fois à un hommage fait au premier prophète de l’Eglise et à un besoin d’accentuer la rupture entre mormons et chrétiens tant les enseignements qui y sont dévoilés vont à l’encontre de ce qui était accepté jusqu’alors.  Qu’importe la forme tant que les apports faits par Smith, même incomplets, s’inscrivent dans le canon.

           Par conséquent la Perle de grand prix n’a pas de fil conducteur.  Elle contient essentiellement des extraits de documents rédigés (reproduits) par Smith qui sont souvent restés inachevés.  Il semble que même les successeurs de Smith eurent du mal à en figer le contenu puisque une première modification du texte eut lieu deux ans avant sa canonisation et que celui-ci fut remanié plusieurs fois par la suite.[4] 

 

            L’ouvrage débute avec des extraits du Livre de Moïse, qui présente la Genèse selon Smith.  A travers l’épisode revisité de la Chute, l’apparition du libre arbitre (une notion chère au mormonisme) vient rejeter l’idée fondatrice de péché originel, et de damnation qui s’en suivit.  En fautant, Adam et Eve, selon l’interprétation mormone, ouvrirent les yeux et optèrent pour la liberté de choisir, et remirent alors l’humanité entre les mains du sauveur.  Sans cette transgression les hommes seraient restés dans l’ignorance, obéissant aveuglément à Dieu ; et il leur aurait été impossible de connaître le bien, car ils n’auraient pas connu le mal :

   Et ce jour là, Adam bénit Dieu, fut rempli du (Saint Esprit) et commença à prophétiser concernant toutes les familles de la terre, disant : Béni soit le nom de Dieu car à cause de ma transgression, mes yeux sont ouverts, et j’aurai de la joie dans cette vie, et je verrai de nouveau Dieu dans la chair.  Et Eve, sa femme, entendit tout cela et se réjouit, disant : sans notre transgression, nous n’aurions jamais eu de postérité et nous n’aurions jamais connu le bien et le mal, la joie de notre rédemption et la vie éternelle que Dieu donne à tous ceux qui obéissent.[5]

Ce qui est donc traditionnellement considéré comme le péché originel responsable des maux de l’humanité toute entière est perçu par le mormonisme comme la première des délivrances ; une délivrance qui, de surcroît, rapprochât l’homme de Dieu, puisqu’en gagnant le discernement l’homme acquit un pouvoir divin :

Et moi, le Seigneur Dieu, je dis à mon Fils unique : Voici, l’homme est devenu comme l’un de nous, pour la connaissance du bien et du mal ; et maintenant de peur qu’il n’avance la main, ne prenne l’arbre de la vie, n’en mange et ne vive à jamais, pour cette raison, moi, le Seigneur Dieu, je vais le chasser du jardin d’Eden, pour qu’il cultive la terre d’où il a été pris.  Car, comme moi, le Seigneur Dieu, je vis, mes paroles ne peuvent retourner non avenues, car elles doivent s’accomplir telles qu’elles sortent de ma bouche.[6]

            La Chute aurait certes été un acte de punition, mais celui-ci permit à l’homme de gagner en sagesse et en divinité.

            Le Livre de Moïse a amené les mormons à établir une relation aussi étroite qu’ambiguë entre Dieu et l’homme.  Car à ces révélations sur le péché originel vient s’ajouter la révélation qu’avant d’être fait de chair, les hommes « étaient des êtres spirituels » créés par Dieu « dans le ciel ».[7]  Or, si on considère que Dieu créa l’homme à son image[8], on obtient l’idée que Dieu fut, lui aussi et en son temps, un être charnel, comme l’homme, ce qui induit une analogie entre l’humain et le divin, ouvrant ainsi la porte au polythéisme :

Je vous démontrerai que le monde est dans l’erreur, en vous montrant ce qu’est Dieu. […] Dieu lui-même fut autrefois ce que nous sommes aujourd’hui.  Il est un Homme élevé au rang suprême (an exalted man). […] Si vous le voyiez en ce jour, vous le verriez sous la forme d’un homme – tout comme vous autres, un homme dans toute sa personne, son apparence, et toute sa forme. […] Nous avions supposé et imaginé que Dieu était Dieu depuis le début de l’éternité.  Je réfute cette idée, et lèverai le voile, pour que vous puissiez voir. […]  L’esprit et l’intelligence de l’homme sont égaux à ceux de Dieu lui-même.  Je sais que mon témoignage est vrai ; […] L’intelligence est éternelle et existe par définition (is self-existent).  C’est une énergie qui a traversé les âges, et qui n’est pas le fruit d’une création.  Et toutes ces intelligences et esprits que Dieu a envoyé en ce monde peuvent croître.[9]

             Bien qu’une certaine forme de hiérarchie demeure, il est bien question de Dieu et d’une humanité de divinités, certes déchues, mais libres de regagner en sainteté (à l’issue du millénium) en suivant les commandements. 

Pendant des décennies, ce discours, tenu par Joseph Smith lors d’une conférence générale devant les siens quelques semaines avant sa mort, et connu sous l’appellation de King Follett Discourse, fut largement utilisé et exploité par l’Eglise.  L’idée que « le Père a un corps de chair et d’os aussi tangible que celui de l’homme »[10] séduisit tellement les dirigeants de la jeune église que, à l’instar de Brigham Young, le successeur de Joseph Smith, certains tentèrent de développer le raisonnement et d’imposer ce qu’il est convenu d’appeler la théorie d’Adam-Dieu :  Adam, autrefois esprit devenu premier homme créé à l’image de Dieu, ne pouvait être que le Seigneur en personne. 

Cette logique, considérée comme l’apothéose de la théologie de Smith (alors devenue unique en soi), paraît fantasmagorique et inconsistante à tout autre chrétien,[11] mais les mormons n’ont de cesse de défendre leurs positions théologiques par tous les moyens possibles.[12]  Fruit de l’union entre imagerie biblique, révélations modernes, et écrits mormons aux origines improuvables, le King Follett Discourse ne figure pas en tant que tel dans le canon.  Il est cependant possible d’en reconstituer le raisonnement en rassemblant les éléments dispersés dans les écritures, ce qui montre à quel point les textes additionnels, moins mis en avant que le Livre de Mormon, permirent d’établir une théologie radicalement différente de celle du christianisme traditionnel. 

Le soutien des officiels de l’église pour les zélés défenseurs de théologie mormone traditionnelle n’est pas sans faille.  Sans pour autant renier le discours passé, les dirigeants mormons font aujourd’hui preuve de retenue et n’aiment plus s’étendre sur le sujet.[13]  La ferveur du passé pour une théologie aussi novatrice a fait place à davantage de précaution, plus de conventionnalisme.  Le discours semble devoir perdre de sa pertinence, du moins officiellement.  L’Eglise hésite parfois à exhiber toutes ses différences.  En réponse à Time Magazine qui l’interrogeait sur l’origine humaine de Dieu, l’actuel président de l’Eglise, Gordon B. Hinckley répondit : « J’ignore que nous enseignons cela.  J’ignore si nous attachons de l’importance à cela.  Je n’ai pas entendu de débat officiel sur le sujet depuis très longtemps.  Je ne sais pas dans quelles circonstances cette déclaration fut faite. […] J’ai conscience du débat philosophique qu’il y a derrière cette notion, mais je n’y connais pas grand chose, et je pense que les autres non plus ».[14]  Incrédulité des observateurs.  Mais lors de la conférence générale qui suivit l’interview, Hinckley ajouta devant une audience amusée : « Ne vous inquiétez pas parce que vous avez lu quelque chose de rapporté de façon incorrecte.  Ne vous inquiétez pas du fait que je ne comprendrais pas le contenu des doctrines.  Je pense les comprendre parfaitement ».[15]

La présidence de l’Eglise ne saurait ignorer cette facette de la théologie mormone, mais sa discrétion semblent porter ses fruits car seuls les fidèles les plus férus de théologie et d’histoire semblent effectivement connaître le King Follett Discourse, et nombreux sont ceux qui ne connaissent que partiellement l’idéologie religieuse qu’il renferme.  La plupart des simples fidèles semblent vaguement garder en mémoire le résumé aguicheur qu’en fît le cinquième président de l’église Lorenzo Snow et qui souligne l’idée séduisante d’une continuité et d’une possibilité de progression éternelle après la vie : « Ce que l’homme est, Dieu le fut.  Ce que Dieu est, l’homme peut le devenir ». 

Pourtant, faisant suite au Livre de Moîse, le Livre d’Abraham[16] vient à son tour soutenir et développer les propos de Joseph Smith.  « Tombé » en 1835 [17] entre les mains du prophète, ce document vient, comme une justification « matérielle », étayer les précédentes révélations.  En dépit de son apparente volonté de retenue, l’Eglise ne peut aujourd’hui simplement nier une spécificité théologique qui a participé à la construire et qu’elle a autrefois fièrement revendiquée. 

            Le Livre d’Abraham[18] enseigne que Dieu dévoila au prophète hébreu la nature éternelle des esprits, l’existence d’une vie d’esprits et d’intelligences pré-terrestres, ainsi que du choix d’un rédempteur.[19]  Or, ce texte, qui n’est reconnu que par les mormons, fait clairement état d’une multiplicité de dieux.  Il ne s’agit plus d’allusions, mais d’un polythéisme clairement établi: « Alors le Seigneur dit : Descendons.  Et ils descendirent au commencement, et ils, c’est-à-dire les Dieux, organisèrent et formèrent les cieux et la terre. »[20].

Ce pluriel est répété pour chaque étape de la création, ne laissant aucun doute sur le sujet.  A l’encontre du principe d’un dieu unique, cette vision remet en cause le concept chrétien de sainte trinité, en développant l’existence de trois personnages (le Père, le Fils et le Saint Esprit) unis dans un objectif commun, abandonnant ainsi l’idée d’un créateur unique à trois visages.  D’ailleurs assurés que le Père et le Fils sont des êtres distincts, autrefois faits de chair, certains s’interrogèrent alors sur l’existence d’un(e) dieu la Mère ; une théologie qui, prise au pied de la lettre, cache une véritable révolution religieuse.[21]

Par ailleurs, on note que le texte emploie la notion d’organisation plutôt que celle de création, habituellement employée pour définir la formation du monde.  Ce détail a son importance puisqu’il réfute l’idée d’une création du monde ex-nihilo, partant du vide et du néant.  Dieu organisa le monde à partir de la matière qui existait déjà, ce qui au passage renforce la théorie d’un Dieu autrefois corporel.

            Ces révélations entraînant fatalement une perception différente de l’univers et de l’espace-temps dans lequel le monde naquit et évolue, il dut sembler évident à l’Eglise de canoniser à la suite du Livre d’Abraham un extrait de l’évangile de Matthieu, revu par Joseph Smith, faisant état de la seconde venue du Christ, et annonçant le grand dénouement attendu.  Le texte reprend les prophéties de Daniel au ton particulièrement apocalyptique et met en garde les hommes sur la proximité du jugement dernier.

            Avant de clore la Perle de grand prix avec le credo mormon, l’Eglise a ajouté des extraits de l’Histoire de Joseph Smith, une autobiographie qui raconte la création de l’Eglise par le prophète et ses révélations dont l’essentiel du contenu a été présenté dans les chapitres précédents.  En incorporant ainsi la naissance de l’Eglise et cette partie de la vie de Smith aux saintes écritures mormones l’Eglise sacralise l’histoire de Joseph Smith, premier prophète des temps modernes.

            Afin de finaliser et résumer l’ensemble des points théologiques évoqués, les Articles de Foi[22], c’est-à-dire le credo mormon établi par Joseph Smith, résument, en 13 points, l’ensemble des croyances mormones.  En cette partie nous retiendrons que les mormons croient :

-         - en Dieu le Père éternel et en son Fils, Jésus-Christ, et au Saint-Esprit (Article 1)

-         - que les hommes sont punis pour leur propres péchés, et non pour la transgression d’Adam (Article 2)

-         - que, grâce au sacrifice expiatoire du Christ, tout le genre humain peut être sauvé en obéissant aux lois et aux ordonnances de l’Evangile (Article 3)

-         - que l’on doit être appelé de Dieu par prophétie […] (Article 5)

Ils croient également,

-         - à la même organisation que celle qui existait dans l’Eglise primitive, savoir : apôtres, prophètes, pasteurs, docteurs, évangélistes, etc. (Article 6)

-         - au don des langues, de prophétie, de révélation, de vision, de guérison, d’interprétation des langues, etc. (Article 7)

-         - que la Bible est la parole de Dieu dans la mesure où elle est traduite correctement, [et] aussi que le Livre de Mormon est la parole de Dieu (Article 8)

-         - à tout ce que Dieu a révélé, à tout ce qu’il révèle maintenant, et ils croient qu’il révélera encore beaucoup de choses grandes et importantes concernant le royaume de Dieu (Article 9)

De façon succincte, voire allusive, le credo mormon fait état d’un lexique coutumier du christianisme, mais dont l’emploi dénote de la théologie traditionnelle.  Ainsi près des deux-tiers des articles de foi établissent des convictions propres au mormonisme, que nous venons de développer.

Il apparaît nettement que les révélations ont joué un rôle primordial dans l’établissement des spécificités religieuses mormones.  L’article 9 affirme, à ce propos, que le principe de révélation, qui utilise le prophète comme intermédiaire, est une constante du mormonisme, une nécessité pour la Restauration.  Seule la voix de Dieu (et de Joseph Smith !) a permis aux mormons de retrouver le chemin de Dieu, perdu au fil des siècles.  Mais le rôle de la Révélation ne se limite pas au rétablissement de l’Eglise de Dieu.  Elle œuvre également pour la survie et l’avenir de cette dernière.  A travers les révélations, la volonté divine montre qu’elle est vivante, et non passéiste et figée dans les écritures.  Elle évolue.  Elle est continue.  Et les mormons, en tant qu’élus, y ont un accès privilégié.

 

- Doctrine et alliances, et le principe de la révélation continue

            Il a été souligné que Joseph Smith reçut de nombreuses révélations dès l’âge de quatorze ans, bien avant de fonder l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours.  Ces contacts privilégiés avec le divin lui permirent de localiser et de traduire le Livre de Mormon, mais aussi de remanier la Bible.  Ainsi « il lui fut montré que Dieu avait une œuvre spéciale à lui faire faire ici-bas, et que, par son intermédiaire, l’Eglise de Jésus-Christ serait rétablie sur terre »[23].  Mais malgré toute cette aide divine, Smith laissa derrière lui, à l’image de sa correction biblique inachevée et d’une Perle de grand prix en devenir, un canon encore à l’ébauche.

            Cette incomplétude ne sembla pas déstabiliser la première génération de fidèles, il est vrai, déjà munie du Livre de Mormon et bien employée à lutter pour sa survie.  Dans ce contexte de souffrance et d’exil, la protection et le soutien des leaders de la communauté valaient celui des Ecritures.  Celles qu’elle possédait déjà la réconfortait et l’encourageaient, lui rappelant qu’en d’autres temps d’autres peuples élus durent s’expatrier afin de préserver leur liberté et leur foi.  L’oppression et la traversée du désert qui s’en suivît apparurent en fait comme une évidence aux leaders mormons.  Comme le firent les puritains avant eux, les mormons virent un parallèle entre leur exode qui les fit traverser, au prix de nombreuses vies, plus de 2000 kilomètres de terres vierges souvent hostiles, le wilderness américain, et ceux de la maison d’Israël fuyant en quête d’une terre de promission.  Chargées d’un symbolisme religieux d’autant plus fort que leurs textes sacrés les renvoyaient à la fois à la narration hébraïque de l’Ancien Testament et à l’aventure néphite du Livre de Mormon, les similitudes qu’ils en dégagèrent renforcèrent davantage leur foi.  « Pour Brigham Young et les siens, l’exode qui vit les saints partir de Nauvoo en 1846 n’était non pas un désastre imposé par les ennemis du mormonisme mais bel et bien un événement prédit et pré-ordonné ; […] un prélude nécessaire aux merveilleuses choses qui devaient suivre », relève un des auteurs de l’encyclopédie mormone.  « Les étudiants du mormonisme en sont venus à percevoir l’exode et la colonisation de la région du Lac salé comme le véritable événement qui permit la formation des Saints des derniers jours en un peuple à part ».[24]  L’exode était le gage d’une attention divine.  Dieu traitait les mormons comme Il avait toujours traité les siens par le passé : en mettant leur foi à l’épreuve.  La foi mormone se nourrît de l’épreuve.

Fondatrice pour l’ensemble des mormons, cette marche forcée vers la liberté de croire et de pratiquer est toujours soigneusement célébrée par l’église.  Mais c’est essentiellement dans la voix de leurs prophètes, les charismatiques Joseph Smith et son successeur Brigham Young, que les pionniers du mormonisme fuyant l’oppression puisaient leur réconfort et la force nécessaire à leur exil vers l’ouest américain.  Les Ecritures étaient certes fondatrices mais l’héritage légué par les anciens prophètes ne pouvait remplacer la bienveillance de dirigeants vivants, même sur le plan religieux.  Les exilés s’inscrivaient dans un processus de rétablissement de l’Eglise du Christ sur terre et, de ce fait, pensaient vivre l’évangile au quotidien : la vie spirituelle était indissociable de la vie terrestre.  Ils étaient convaincus qu’en oeuvrant pour la communauté des Saints, ils se consacraient au schéma divin et l’exécutaient.  La Restauration prendrait le temps de s’organiser, mais l’évangile était bel et bien vivant, de nouveau parmi les hommes.  Il n’appartenait pas au passé, mais était en devenir.  Par leurs actions, les mormons écrivaient l’histoire chrétienne.

            En s’investissant dans l’élaboration du socle théologique de l’Eglise, Smith n’avait donc pas l’intention d’établir un canon exhaustif et scellé, mais simplement de montrer que Dieu communiquait toujours avec les siens, et pouvait, à tout instant, se manifester par le biais du prophète et, le cas échéant, enrichir les enseignements.  Par conséquent, les mormons ne perçoivent pas les saintes écritures comme « statiques, définitives, intouchables, la parole de Dieu donnée une fois pour toute, comme c’était le cas pour les chrétiens du passé ».  Pour Smith les écritures étaient « provisionnelles, progressives ne demandant qu’à être ravivées, sujettes aux retouches et aux rajouts oraux ou écrits, variant dans leurs aspirations et soumises aux contacts directs avec Dieu »[25].  C’est en cela que les mormons affirment croire en ce que Dieu a révélé, mais aussi « tout ce qu’il révèle » et révèlera encore,[26] faisant du canon mormon un canon certes élargi, mais surtout explicitement ouvert, c'est-à-dire éternellement incomplet ou provisoire.

            Compilés dans leur apparition chronologique dès 1831,[27] ces révélations des temps modernes regroupent donc les déclarations divinement inspirées livrées aux fidèles par les prophètes mormons, de Joseph Smith à nos jours.  Comme le premier nom du recueil (The Book of Commandments) l’indiquait clairement, ces révélations sont des commandements contemporains adressés aux fidèles de l’Eglise par le biais de leur prophète.  Rebaptisé en 1835, après que des opposants aient tenté de le faire disparaître, Smith préféra voir en l’ouvrage, de manière plus subtile mais surtout moins provocante, l’ensemble des doctrines de l’église restaurée et les alliances établies entre Dieu et son nouveau peuple élu.

D’un point de vue technique, on appelle révélations les phénomènes d’origine divine (surnaturelle) qui dévoilent aux hommes des vérités qui leur sont encore cachées.  Dans le cas mormon, cela se produit lors d’apparitions, de visions, de songes ou même de rêves.  Certaines révélations se manifestent spontanément, d’elles-mêmes, ou plus exactement selon la volonté divine.  D’autres viennent en réponse à des questions, plus ou moins précises, posées par les êtres inspirés.  Mais dans tous les cas de figures, Dieu et ses divinités révèlent exclusivement ce qu’ils souhaitent révéler. 

Les révélations sont habituellement perçues comme des phénomènes rares, ne dévoilant que des vérités, absolues par définition, ne s’embarrassant pas de contextes et de circonstances.  Habituellement, on octroie aux révélations une qualité certes essentielle mais générale, voire vague, fixant aux fidèles principalement une ligne de conduite, doctrinaire, religieuse, et faisant par conséquent preuve d’un certain détachement envers les affaires humaines et personnelles.  Les hommes sont au service Dieu, et non le contraire.

Ainsi, les révélations mormones traitent de « questions aussi fondamentales que la nature de la Divinité, l’origine de l’homme, la réalité de Satan, le but de l’existence mortelle, la nécessité de l’obéissance, le besoin de repentir, l’action du Saint-Esprit, les ordonnances et les observations qui ont trait au salut, la destinée de la terre, les états futurs de l’homme après la Résurrection et le Jugement, l’éternité des liens du mariage, et la nature éternelle[29] de la famille ».[30]  On se souvient d’ailleurs que Joseph Smith eut recours aux révélations pour dresser le cadre religieux de son mouvement, en rectifiant, par exemple, les erreurs contenues dans la Bible grâce à l’aide du Saint-Esprit.[31]

A l’instar des trois degrés de salut qu’il établit[32], Doctrine et alliances affine donc la théologie mormone au fil des révélations.  Mais de façon plus étonnante, ces déclarations divinement inspirées font souvent preuve d’un pragmatisme déconcertant, régissant le fonctionnement de la communauté à tous les échelons.  L’Eglise souligne d’ailleurs que le recueil témoigne du « développement graduel de la structure administrative de l’Eglise »[33] naissante de Smith.  La structure et l’organisation, mais aussi la mission et les pouvoirs attribués aux différents organes de la communauté religieuse sont clairement définis à travers plusieurs révélations, avec un souci manifeste d’exactitude et de précision.[34] 

Au-delà de l’administratif et du religieux, l’organisation sociale et économique de la communauté figure également au chapitre des préoccupations divines puisque, répondant à un principe d’autonomie et d’indépendance ardemment souhaitées,[35] des doctrines ordonnent également la répartition des richesses chez les Saints.  Plusieurs plaidoyers contre le matérialisme et la spéculation prônent le partage et l’égalité entre les fidèles,[36] rejette l’endettement[37], et encourage le paiement de la dîme[38] auprès des autorités religieuses afin d’assurer et de gérer l’équilibre financier de la communauté et de l’Eglise.  L’aboutissement de ce principe égalitaire, à travers lequel les premiers Saints tentèrent de vivre la loi de consécration[39], doit théoriquement trouver sa concrétisation dans l’Ordre uni,[40] un principe qui repose sur le partage des biens, des marchandises et des bénéfices et qui prévoit de mettre chacun a contribution pour le bien du groupe.

Malgré plusieurs tentatives avortées et l’attachement de différentes présidences de l’Eglise pour ce principe égalitaire, l’Ordre ne put jamais être établi de façon viable.[41]  Néanmoins, le soutien prophétique que reçu cet idéal souligne une fois encore la détermination des dirigeants et le pouvoir de la révélation à faire le lien entre sphère publique et sphère privée dans la gestion du quotidien.  Sous des prétextes structurels, les déclarations prophétiques pouvaient transformer la vie d’un individu, le promouvoir au sein de la communauté, ou l’en écarter.  Tel est le pouvoir du prophète divinement inspiré et dont Smith fit usage à de nombreuses reprises.

De fait, dès 1829, alors qu’il retranscrivait le Livre de Mormon, Smith obtint du Seigneur que son assistant Oliver Cowdery fût également doté du don de traduction.  Sa supplique fut d’abord exaucée,[42] puis, devenu gênant au bon déroulement de la rédaction, le don de Cowdery fut rapidement limité par une nouvelle révélation.[43]  Moins de six mois plus tard, le même Cowdery fut envoyé en mission dans les territoires indiens (Lamanites) afin de prêcher l’évangile.  La même révélation fait également état de réprimandes envers le père et le fils Whitmer « pour n’avoir pas servi diligemment » avant d’envoyer également le fils en mission.[44]  Quantité d’autres fidèles furent envoyés prêcher l’Evangile loin de chez eux.  De façon certaine, tous ne perçurent pas le départ en mission comme un exil, bien au contraire.  Mais l’histoire montre que Joseph se brouilla avec quantité de pionniers de l’Eglise et que les discordes menèrent à la séparation des anciens.[45]  Peu à peu remplacé grâce à différentes révélations, Cowdery, pourtant second de l’Eglise jusqu’en 1836, se détacha progressivement de l’Eglise avant d’en être excommunié en 1838.  En 1848, après la mort de Smith, Cowdery devait de nouveau rejoindre l’Eglise, cette fois, jusqu’à sa mort.[46]  Pour Joseph le prophète, l’ordre de départ en mission de certains hommes de l’église signifiait la fin de certaines rivalités. 

Le conflit entre Joseph Smith et Oliver Cowdery, les deux hommes forts du mormonisme naissant, se cristallisa précisément autour d’une révélation que le prophète reçut en travaillant à la réécriture de la Bible.  En interrogeant le Seigneur sur les pratiques polygames d’Abraham, Isaac et Jacob, Smith reçut, grâce à une révélation qu’il canonisa en 1843, la confirmation que le mariage était une valeur éternelle, indispensable au salut des femmes, et que la polygamie participait massivement de ce processus salutaire.[47]  Toutefois, il n’attendit pas la canonisation du commandement pour exercer cette pratique.  Celle-ci vint ensuite.

Malgré les difficultés à obtenir un chiffre précis, toutes les sources indiquent que Smith eut plusieurs dizaines de femmes, probablement une trentaine.  Et bien que le consentement de la première femme soit une condition établie par la révélation pour valider les autres mariages, Emma Hale Smith, publiquement opposée à cette pratique, ne fut probablement pas consultée sur toutes les unions de son mari Joseph, dont la plus jeune épouse avait quatorze ans.  D’abord instaurée de façon sélective, la polygamie se voulait être un privilège, un signe du divin, accordé par le prophète.  Mais de façon attendue, cette forme de bénédiction, peu chrétienne, suscita bien des critiques de la part des femmes mais aussi des dirigeants,[48] qui eurent, à l’instar de Cowdery, du mal à accepter cette décision venant « d’un gouvernement en fuite (an outward government) »[49].

Parfois soudainement décrétés et capable d’évoluer de façon inattendue, nombre de commandements imposés par le biais de la révélation continue étaient très loin des préoccupations théologiques essentielles, et touchaient jusqu’à l’intimité des mormons.  Prenant dans certains cas la forme de véritables entraves à la vie des membres ce qui s’apparentait alors à un abus de pouvoir suscita fatalement frustrations et désaccords, mécontentements et rebellions.  Pour s’en défendre l’Eglise rappelle que d’origine divine, la révélation continue ne laisse théoriquement aucune place à la contestation, et insiste sur le fait que « les révélations sacrées étaient données en réponse à des prières, lorsque la nécessité s’en faisait ressentir, et découlaient [nécessairement] de situations vécues impliquant des personnes réelles »[50], rappelant ainsi que les révélations ne pouvaient qu’être liées à la vie de la communauté et de ses membres.  Officiellement destinée au bien de tous et à la réalisation du schéma divin, on comprend alors aussi que, au-delà de l’aspect doctrinaire qu’elle porte en elle, la révélation continue est une source de pouvoir absolu pour la présidence de l’Eglise.

Ainsi, le divin orchestrait et arbitrait la vie de la communauté par le biais de son porte-parole, Joseph Smith.  Bien que d’un point de vue mormon il soit officiellement impensable de remettre en cause l’intégrité du prophète, force est de constater que la fréquence à laquelle Smith reçut ses révélations (près d’une par mois, allant jusqu’à banaliser le phénomène) était tout bonnement stupéfiante.  Sur les 139 sections de Doctrine et alliances répertoriant les révélations, 135 furent reçues et retranscrites par Smith.  Comme si, à la mort du premier prophète, Dieu devint muet ou n’eut plus rien à révéler aux siens.  Seules quatre révélations furent inscrites au registre par les successeurs de Smith, et deux d’entre elles portent en fait l’appellation pudique de « déclaration officielle », tant ces interventions divines furent jugées étrangement opportunes.

Le principe de révélation continue ne disparut pas avec Joseph Smith.  Point de départ du mormonisme, les manifestations divines continuent d’en assurer la légitimité, à commencer par celle des prophètes.  En effet sans cet appui divin, les dirigeants de l’église pourraient apparaître comme de simples leaders choisis à l’ancienneté, et par conséquent davantage sujets à caution.  Au lieu de cela, toutes les nouvelles présidences mormones ont été désignées à l’issue de cérémonies de prières tenues par les anciens et qui ont pour but de s’assurer l’approbation divine.[51]  Ce procédé d’élection s’étend au choix des apôtres du Collège des douze (la plus haute instance religieuse après la Première présidence, elle-même composée du prophète et de ses deux conseillers) que les membres dirigeants désignent à l’issue d’une période de jeun et de prières, afin de suivre au mieux « la volonté du Seigneur ».  Même s’il concerte et prie avec les hautes sphères de son entourage, (traditionnellement ses deux conseillers et le Collège des Douze apôtres) à qui l’Eglise confère un certain pouvoir de révélation, le prophète est théoriquement le seul à recevoir avec certitude le nom de l’élu : sa révélation prévaut sur celle des autres.  Chaque nouvelle présidence se réclame donc d’une légitimité et d’inspiration divines, et, comme Smith, elle porte le titre officiel de « prophète, voyant et révélateur ».  Un titre ronflant auquel l’Eglise contemporaine préfère celui de Président.  Avide de discrétion pour tout ce qui touche au principe de révélation, l’Eglise se félicite aujourd’hui que les nominations s’opèrent avec sobriété et discrétion, « sans roulement de tambours, ni trompettes », et semble ne plus jamais vouloir s’étendre sur les détails du procédé.  Encore très récemment, le Président actuel, Gordon B. Hinckley, désignait deux nouveaux apôtres selon ce procédé.  Les faits sont repris dans un discours qui souligne bien l’étroite marge de manœuvre, que entre justification et discrétion, l’église à adopté.[52]  La grandiloquence de Smith appartient aujourd’hui au passé. 

Même si peu de successeurs de Joseph Smith jugèrent opportun ou approprié d’inscrire leurs révélations au canon, le pouvoir de la révélation continue fit de tous des exemples à suivre.  « Et tout ce qu’ils diront sous l’inspiration du Saint-Esprit sera Ecriture, sera la volonté du Seigneur, sera l’avis du Seigneur, sera la parole du Seigneur, sera la voix du Seigneur et le pouvoir de Dieu pour le salut »,[53] insiste Doctrine et Alliance.  « Et si [les gens] ne veulent pas écouter ma voix, prévient la révélation, ni la voix de ces hommes que j’ai désignés ils ne seront pas bénis ».[54]  Nul besoin de systématiquement valider les révélations au rang de commandements, les Saints savent ce qu’ils doivent faire : écouter leur prophète.  « Quand le prophète parle la réflexion a déjà été menée à terme », lança en 1972 un membre des autorités générales pendant un congrès de l’Eglise.  Aujourd’hui reprise comme un dicton, la déclaration a fait école, et en 1978 le référent théologique de l’Eglise, Bruce R. McConkie enseignait aux éducateurs religieux d’oublier tout ce qui « fut dit par le passé et qui est contraire aux révélations présentes ».  Et même si certains souhaitent modérer ces propos, les représentants de l’Eglise scandent, à travers discours et publications, que les dirigeants « n’égareront pas » pas les leurs, encourageant ainsi confiance et obéissance.[55]  « Nous devons suivre les enseignements des révélations avant même de s’assurer de la véracité des doctrines. […] Nous n’avons pas besoin de meilleurs prophètes.  Nous avons besoin d’oreilles attentives ».[56]  Relayée jusqu’en dans la presse consacrée aux jeunes mormons, ces propos assurant l’infaillibilité du prophète doivent être acceptés de tous, surtout par les nouvelles générations établies aux quatre coins du monde, et géographiquement éloignées du centre névralgique de l’Eglise.

Toutes les révélations ne sont donc pas canonisées mais il est du devoir du fidèle d’écouter et de suivre les conseils de son prophète inspiré.  De la même façon que Joseph Smith fut missionné pour rétablir l’Eglise restaurée, ses successeurs puisèrent leur légitimité et justifièrent leurs décisions grâce à cette logique implacable qui veut que Dieu communique avec les dirigeants de son église restaurée comme il le fit avec ceux de son église primitive. 

Au fil du temps, les difficultés et les crises auxquelles le mormonisme dû faire face se succédèrent, et dans certains cas les révélations permirent de dissiper les tensions.  Lorsqu’à la mort de Smith, les anciens, faisant face à la discorde et aux schismes, durent réorganiser la direction de l’Eglise et guider les fidèles dans ce qui devait être un long et coûteux exode vers l’Ouest, Dieu se manifesta au successeur de Smith, Brigham Young, afin de l’aider à organiser « le camp d’Israël » dans son exile et à asseoir le pouvoir des apôtres qui l’épaulaient.[57]  Désignant les Ecritures, Young rappela aux siens que « comparés aux oracles vivants ces livres ne représent[ai]ent rien pour [lui] ; car à ce jour ces livres ne nous font pas parvenir la parole de Dieu de façon directe, comme le fait la parole du prophète ou celle de nos contemporains, de notre génération exerçant la Sainte prêtrise . […] Je préfère avoir avec moi les oracles vivants que toutes des Ecritures ».[58]  Visiblement pertinent et toujours très actuel aux yeux de l’Eglise, la façon dont Young justifia la primauté de sa présidence sur les Ecritures est repris dans des articles de presse mormone récents pour rappeler que, de tout temps, les saints ont toujours eu à gagner à obéir à leurs dirigeants car, de façon littérale ou figurée, « le Seigneur nous guide par le biais des serviteurs qu’il a désigné »[59] pour sortir les siens des moments difficiles et montrer la voie. 

Ainsi, d’un bien-fondé fédérateur, la révélation continue se pose pour l’Eglise comme fabuleux outil d’adaptation, assurant les transitions nécessaires au bon déroulement du plan divin.  L’utilité de la révélation est d’autant plus significative qu’elle permet une évolution d’une flexibilité totale.  En effet, Doctrine et Alliances rappelle par la voix du seigneur, que ce dernier « commande et révoque, comme bon [lui] semble »,[60] rendant ainsi possible la suspension ou la modification de tout principe, décision ou commandement adopté par le passé.  Le canon mormon est donc d’autant plus ouvert que Dieu en personne est prêt à modifier ou à tempérer ses propres décrets afin que son église puisse, aussi sereinement que possible, poursuivre sa route sur le chemin qui mène au millenium.  En posant les enseignements religieux et laïques de la communauté comme évolutifs, la révélation continue permet à l’église, le cas échéant, de faire marche arrière et de revenir sur certains de ces principes, mêmes fondateurs.  Chez les mormons, les fondements de l’Eglise évoluent avec cette dernière.

Le cas de la polygamie         

 

Le revirement théologique mormon le plus connu et le plus étudié est survenu en 1890, lorsqu’une révélation sonna la fin de la polygamie, marquant ainsi la fin d’une ère, et donnant naissance à la première grande mutation que l’église mormone ait connue.

Pour fuir les persécutions, Brigham Young, succédant à Joseph Smith, mena les Saints des Derniers Jours en Utah, dans la vallée du Lac salé dès 1847, au terme d'un long et coûteux exode. Situé aux frontières de la fédération américaine, le territoire offrit aux mormons trouver l'isolement souhaité et la possibilité de vivre selon leurs préceptes, ce qui impliquait la pratique de la polygamie.  Les mormons attendirent donc 1852 et leur établissement dans cette contrée reculée et plus ou moins autonome pour publiquement enseigner et promouvoir la polygamie, une pratique en fait décrétée près de dix ans plus tôt par Joseph Smith mais restée discrète car responsable de nombreux heurts avec la population.[61] 

Toutefois, l’isolement ne dura pas.  La rapide progression de la ‘frontière’ américaine vers la côte pacifique rattrapa le royaume séparé dans les années qui suivirent l’établissement mormon en Utah.  Les perspectives de prospérité offertes par le grand ouest, la politique de conquête du continent américain soutenue par le gouvernement fédéral et, rapidement, l’apparition du Transcontinental, reliant par rails la côte est et la côte ouest, contribuèrent certes à attirer par milliers les convertis mormons du monde entier, mais drainèrent surtout en terre mormone quantité d’aventuriers n’appartenant pas à l’Eglise. 

Les attaques contre l’Eglise reprirent alors comme par le passé, et le gouvernement fédéral s’en mêla.  En 1854, le parti républicain marqua son hostilité en qualifiant la polygamie, au même titre que l’esclavage, de « vestige barbare » (Twin relics of barbarism).  En 1862 le Congrès des Etats-Unis adopta finalement le Morill Act interdisant la pratique du mariage pluriel et posant les fondements d’une loi anti-trust mettant hors la loi leur fonctionnement corporatiste mormon, et en réduisant ainsi leur accès à la propriété.  Coup porté à l’autonomie du royaume d’Utah mais dont l’application fut freiner par la guerre de sécession.

Munis d’un pouvoir local et convaincus d’être protégés par le premier amendement qui pose le droit le droit à la liberté de religion, les mormons firent fi des différentes lois votées à leur encontre.  George Reynolds, le secrétaire particulier de Brigham Young, accepta même d’être jugé dans l’espoir que son cas ferait jurisprudence, mais, en 1879, la court suprême trancha « si les lois ne peuvent interférer avec les convictions religieuses, elles peuvent s’opposer aux pratiques ».  En conséquence, le Congrès renforça le Morill Act par la voie du Edmunds Act adapoté de 1884 et du Edmunds-Tucker Act de 1887 en alourdissant les peines imposées par l’interdiction et en donnant au gouvernement fédéral les moyens juridiques, économiques et militaires pour faire respecter les décrets.[62]

Pendant quelques années encore la pression exercée sur l’Eglise s’accrut, forçant de nombreux fidèles et dirigeants à vivre cachés pour éviter l’arrestation.  John Taylor, Président de l’Eglise de 1880 à 1887, mourut en fuite.  Dans un premier temps, son successeur, Wilford Woodruff, défendit la pratique de la polygamie.  Mais conscient que les moyens déployés par le gouvernement américain aboutiraient, à plus ou moins long terme, au démantèlement de son Eglise, Woodruff changea sa position et, en septembre 1890 rendit publique une « déclaration officielle » qui vint s’ajouter aux révélations de Doctrine et Alliances.  Dans ce message aux apparences de droit de réponse polémique adressé au gouvernement américain, le président Woodruff se défendit surtout d’avoir soutenu ou encouragé la polygamie depuis son interdiction par la loi américaine.  Il n’en demeure pas moins que cette publication fut la première proclamation mormone bannissant officiellement la pratique de la polygamie.  En cela, Woodruff revint sur un commandement divin canonisé et mis en pratique par le premier prophète de l’Eglise, Joseph Smith.

[…] la Commission de l’Utah, dans son récent rapport au Ministre de l’Intérieur, prétend que des mariages pluraux [sic] sont encore célébrés […] et, qu’en outre, les dirigeants de l’Eglise ont, dans des discours publics, enseigné, encouragé et recommandé la continuation de la pratique de la polygamie –

Pour ces motifs, en ma qualité de président de l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, je déclare, par la présente, de la manière la plus solennelle, que ces accusations sont fausses.  Nous n’enseignons pas la polygamie, ni le mariage plural, et nous ne permettons à personne de se livrer à sa pratique […]

Attendu que le Congrès a passé des lois interdisant les mariages pluraux, lois qui ont été déclarées constitutionnelles par la Cour suprême, je déclare par la présente mon intention de me soumettre à ces lois et d’user de mon influence auprès des membres de l’Eglise que je préside pour qu’ils fassent de même.

[…] Et je déclare maintenant publiquement que mon conseil aux saints des derniers jours est de s’abstenir de contracter tout mariage interdit par la loi du pays.[63]

Que Wilford Woodruff prétendit que son Eglise ne pratiquait « pas » ou « plus » la polygamie n’a pour notre démonstration aucune importance.  En revanche, le formalisme inhabituel de cette annonce, que l’Eglise a préféré qualifier une déclaration plutôt qu’une révélation, témoigne du regard que les autorités mormones portèrent sur l’abolition de la polygamie et du malaise qui entourait le retrait de la révélation sur la polygamie.  Bien que le Manifeste fut canonisé et présenté comme une recommandation divine, la réticence de son auteur est palpable.  La loi fut émise à contrecœur, pour protéger les Saints, l’Eglise, et le royaume d’Utah.  Dans les temps qui suivirent, la présidence de l’Eglise dut de nombreuses fois s’expliquer et se justifier :

Quelle est, pour les saints des derniers jours, la politique la plus sage à adopter : continuer à tenter de pratiquer le mariage plural, à l’encontre des lois du pays, face à l’opposition de soixante millions de personnes, et au prix de la confiscation et la perte de tous les temples et de l’arrêt de toutes les ordonnances qui s’y font, tant pour les vivants que les morts, et l’emprisonnement de la Première Présidence et des Douze, et des chefs de famille de l’Eglise, et la confiscation des biens privés du peuple (toutes ces choses qui par elles-mêmes mettraient fin à la pratique) ; ou, après avoir souffert comme nous l’avons fait parce que nous suivions ce principe, cesser la pratique et nous soumettre à la loi et, ce faisant, laisser les prophètes, les apôtres et les pères chez eux, pour qu’ils puissent instruire le peuple et vaquer aux devoirs de l’Eglise, et aussi laisser les temples entre les mains des saints, afin qu’ils puissent vaquer aux ordonnances de l’Evangile, tant pour les vivants que pour les morts ?

Le Seigneur, par la vision et la révélation, m’a montré très exactement ce qui se produirait si nous n’arrêtions pas cette pratique.  Si nous ne l’avions pas arrêtée, vous n’auriez pas eu besoin […] d’aucun des hommes de ce temple de Logan ; car toutes les ordonnances seraient arrêtées dans tout le pays de Sion.  La confusion régnerait partout en Israël et beaucoup d’hommes seraient faits prisonniers.  Cette épreuve serait tombée sur l’Eglise tout entière et nous aurions été obligés de mettre fin à la pratique.  Ainsi donc, la question est de savoir s’il faut l’arrêter de cette manière là, ou de la manière que le Seigneur nous a manifestée, et de permettre que nos prophètes, nos apôtres et nos pères restent des hommes libres, et les temples entre les mains du peuple […].

Je laisse cela à votre méditation et pour votre considération.  Le Seigneur travaille avec nous.[64]

Ce sont donc la raison et la sagesse qui poussèrent Woodruff à prendre cette difficile décision.  Mais ce choix n’en demeure pas moins officiellement divinement inspiré, dans l’intérêt de l’Eglises, des saints, et du plan divin.  « Peu importe qui vit ou qui meurt, ou qui est appelé à diriger l’Eglise, il faut qu’elle soit dirigée par l’inspiration du Dieu Tout-Puissant.  Si on ne peut pas le faire de cette façon, on ne peut pas le faire du tout »[65], insista Woodruff.  Et mettant en avant son infaillibilité prophétique:

Le Seigneur ne permettra jamais, ni à aucun autre homme qui détient le poste de président de l’Eglise, de vous égarer.  Ce n’est pas dans le programme.  Ce n’est pas dans la volonté de Dieu.  SI je m’aventurais à faire une telle chose, le Seigneur m’ôterait de ma place, et il fera de même pour tout autre homme qui tente d’égarer les enfants des hommes des oracles de Dieu et de leur devoir.[66]

Malgré tout, ce décret avait pour beaucoup l’apparence d’un diktat imposé par les hommes, et les autorités durent redoubler d’efforts pour convaincre l’ensemble de la communauté.  Apportant immédiatement son soutien à la déclaration officielle, Lorenzo Snow, futur président de l’Eglise, alors conseillé de Woodruff, avança une motion ajoutée au canon à la suite de la déclaration officielle :

Je propose que, reconnaissant Wilford Woodruff comme président de l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours et comme seul homme actuellement sur terre à détenir les clefs des ordonnances de scellement, nous le considérions comme pleinement autorisé, en vertu de son poste, à publier le Manifeste, dont la lecture nous a été faite et qui est daté du 24 septembre 1890, et que l’Eglise assemblée en conférence générale accepte sa déclaration concernant les mariages pluraux comme autorisée et faisant force de loi.[67]

Le vote de soutien de la motion fut déclaré unanime, accordant ainsi toute légitimité à l’abolition de la polygamie.  Néanmoins, pour limiter les mécontentements et éviter l’éclatement interne, l’Eglise dut, dans les premiers temps, faire preuve d’une certaine souplesse, entraînant fatalement un certain laxisme dans l’application du Manifeste.  L’historienne mormone Jessie L. Embry explique qu’en ce qui concernait les mariages déjà contractés les déclarations privées et publiques du président Woodruff étaient contradictoires.  « En conséquence, certains hommes quittèrent leurs femmes, et d’autres comprirent que le Manifeste qu’aux nouveaux mariages.  Toutes les autorités générales polygames […] continuèrent de cohabiter avec leurs femmes.  [Et] il apparaît que ‘la plupart’ des polygames suivirent l’exemple donné par les autorités », s’expatriant, si nécessaire, au Canada ou au Mexique pour sceller leurs unions.  Il fallut en fait attendre 1904 et la présidence de Joseph F. Smith pour qu’un ‘second Manifeste’ marque la volonté réelle de l’Eglise de bannir les mariages pluriels en son sein.  Des apôtres furent excommuniés.  Certains couples parvinrent à cohabiter jusqu’à leur pour mort dans les années 1950, et d’autres préférèrent rejeter ce qu’il considérait être une décision humaine pour former des groupes dissidents qualifiés de fondamentalistes.[68]

A la fin des années 1980, Boyd K. Packer, du conseil des douze apôtres, justifia l’abrogation de la polygamie en expliquant que la fonction de la révélation continue était de protéger les saints du monde extérieur.  « Le Seigneur a dit aux Saints que lorsque leurs ennemis les empêcheraient d’observer un commandement, Il ne les obligerait pas à le respecter »[69], rassura l’apôtre en s’appuyant sur une révélation dans laquelle la voix de Dieu assure que « en ce qui concerne l’iniquité et la transgressions de [ses] saintes lois et de [ses] saints commandements, [Il] s’en vengera sur la tête de ceux qui ont empêché [son] œuvre, jusqu’à la troisième et quatrième génération […] »[70].  Que les fidèles ne s’y trompent pas, dans les cas de forces majeures leur responsabilité n’est pas engagée.  D’ailleurs, prévient-il, il est clair qu’« il y aura d’autres changements, comme cela s’est produit par le passé.  Que les frères s’en accommodent ou y résistent dépend entièrement des instructions qu’ils reçoivent par le biais de la révélation, qui fut établie au commencement ».  Et si « l’organisation, les programmes et procédures de l’église en seront transformées comme Il en décidera puisque cette Eglise est la sienne, […] les doctrines [en revanche] resteront fixes et éternelles ».[71]  Selon une logique toute mormone, la seule doctrine qui semble être éternelle est celle qui assure que, en fait, aucune n’est garantie de l’être.

 

La bible, le Livre de Mormon ont fixés les antécédents et les objectifs majeures du mormonisme, mais le prophète, grâce à la révélation continue, met à jour, réoriente les impératifs, les devoirs et les impératifs de l’Eglise et de ses membres.  Sans rejeter le travail de Joseph Smith, ses successeurs prirent, néanmoins, davantage de précautions et montrèrent plus de discrétion envers un procédé contre lequel la Bible met d’ailleurs en garde ses fidèles[72] et qui rend la théologie mormone tellement malléable que cela finit par soulever des problèmes de fiabilité et de crédibilité.

En dépit des risques, c’est grâce à cet instrument, lui assurant légitimité et possibilité d’évoluer sans jamais se renier, que l’Eglise doit sa survie.  En partant du principe que leur religion est évolutive par la volonté même de Dieu, les fidèles mormons acceptent toutes transformations puisqu’elles servent par nature le schéma divin.  Par le biais de ces révélations, précise l’église, « on entend la voix tendre mais ferme du Seigneur Jésus-Christ parler de nouveau dans la dispensation de la plénitude du temps ; et l’œuvre qui est inaugurée dans ces pages a pour but de préparer la seconde venue, accomplissant et confirmant les paroles de tous les saints prophètes depuis le commencement du monde ».[73] Quelque soit la façon l’objectif demeure le même : servir Dieu, son église, et l’avènement de son royaume. 

 

 

 

 

NOTES DE BAS DE PAGES

[1] Perle de Grand Prix, « introduction », p. iii.  [2] Perle de Grand Prix, « introduction », p. iii.  [3] Perle de Grand Prix, « introduction », p. iii.  [4] Perle de Grand Prix, « introduction », p. iii.  [5] Perle de Grand Prix, « Extraits du Livre de Moîse », Moïse 5:9-10. [6] Perle de Grand Prix, « Extraits du Livre de Moîse », Moîse 4:28-30.

[6] Perle de Grand Prix, « Extraits du Livre de Moîse », Moîse 4:28-30. [7] Perle de Grand Prix, « Extraits du Livre de Moîse », Moîse 3:5,9. [8] Les mormons prennent cette idée au pied de la lettre. [9] La citation est la traduction d’extraits du discours présenté en annexe dans OSTLING, Mormon America, p. 388-94 que l’auteur présente comme une restitution de l’original tiré du Journal of Discourse [10] Doctrine et alliances, 130:22. [11] On peut citer, à titre d’exemple, PIETTE, Christian, Lumière sur le Mormonisme, Editeurs de Littérature Biblique a.s.b.l, 1981, p. 113-128. [11] On peut citer, à titre d’exemple, PIETTE, Christian, Lumière sur le Mormonisme, Editeurs de Littérature Biblique a.s.b.l, 1981, p. 113-128. [12] Initiatives individuelles ou non, de nombreux sites web viennent soutenir les publications et « démontrer » la véracité de la théologie mormone.  A titre d’exemple, voir le très complet site de Jeff Lindsay dédié à la défense des convictions de l’église mormone majoritaire : www.jefflindsay.com ou www.jefflindsay.com/ldsfaq. [13] A titre d’exemple, le King Follett Discourse peut être aisément retrouvé dans les archives numérisées en vente dans les magasins de l’Eglise et sur internet mais, preuve d’un certain embarras, dans une version tronquée (New Mormon Studies CD ROM : A Comprehensive Resource Library, Smith Research Associates, Folio Infobase, 1998). [14] Time, August 4, 1997, p.X  [15] OSTLING, Mormon America, p. 297, 421-422.  [16] Le Livre d’Abraham serait la retranscription de textes écrits de la main d’Abraham sur papyrus du temps où il était en Egypte.  [17] Perle de Grand prix, « introduction », p. iii, en-tête du « Livre d’Abraham ».  [18] Le Livre d’Abraham enseigne aussi qu’Abraham acquit des connaissances sur le soleil, la lune et les étoiles grâce à l’urim et le thummim, les mystérieuses pierres que Joseph Smith utilisa pour traduire le Livre de Mormon.  [19] Perle de Grand Prix, « Livre d’Abraham », chap. 3.  [20] Perle de Grand Prix, « Livre d’Abraham », 4:1.  [21] X.   [22] voir la totalité des articles en annexe.  [23] Doctrine et alliances, « introduction », p. iii.  [24] DURHAM Jr, Reed C., Encyclopedia of Mormonism, 4:1563 cité dans www.lds.org/en/3_The_Pioneer_Story/Pioneer)Trail/02_Nauvoo.html.  [25] BARLOW, Philip L., Mormons and the Bible: The Place of the Latter-day Saints in American Religion, New York and Oxford, Oxford University Press, 1991, p. 43.  [26] Perle de grand prix, « Articles de Foi », article 9.  [27] A l’exception précisément de la révélation de 1831 qui ordonne la création de Doctrine et alliances et qui figure de ce fait en tête du recueil, devant la première révélation de 1823. [28] http://en.wikipedia.org/wiki/Doctrine_and_Covenants [29] Cette notion de lien pour l’éternité est une spécificité mormone puisque les époux se marient pour l’éternité alors que les autres chrétiens se lient pour la vie, « jusqu’à ce que la mort les sépare ».  En conséquence les liens familiaux perdurent de la même façon.  Cette notion d’éternité est à rattacher au fait que les mormons croient en une vie spirituelle avant et après la vie charnelle.  Le fidèle est voué à la progression éternelle.  [30] Doctrine et alliances, « introduction », p. iv.. [31] Voir le chapitre de la présente étude Une bible mormonisée – Joseph Smith au secours de la bible : une tentative de traduction. [32] Doctrine et alliances, section 76.  Il existe selon la croyance mormone trois degrés de salut : céleste, terrestre et téleste, chacun marquant un état de rédemption déterminé en fonction de la vie terrestre menée. [33] Voir la section 20 sur l’organisation administrative à l’église. [34] Voir la section 107 pour la structure générale de l’église, les sections 13 et 28 pour la prêtrise d’Aaron et les sections 13,18 et 112 pour la prêtrise des Douze. [35] Voir Doctrines et alliance, section 78. [36] Voir les sections 56, 70 et 83. [37] Section 64.

[38] Voir section 64 et 119.  [39] La loi de consécration est un principe visant a établir l'égalité totale entre les saints « dans les liens des choses célestes et terrestres » (D&A 78:3-8).  Cette loi consiste en un partage équitable des richesses et du travail en fonction des besoins de chacun.  Il s'agit d'une sorte d'idéal, devant s'établir par la volonté collective, et jugé nécessaire à l'établissement de Sion (D&A 100:1-5) dont l'Ordre uni, qui a été vécu quelques années dans les débuts de l'Église, est une tentative de mise en place. Cette mise en place a été reportée. La dîme fait office de remplacem