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Index / Les Mormons dans la presse / Universitaires et chercheurs s'intéressent de plus en plus au mormonisme

 

Le monde universitaire se penche sur le mormonisme

 

 

Michael Paulson

The Boston Globe

23 février 2008

Traduction mormonisme.com

 

 

Depuis toujours la prestigieuse Harvard Divinity School vante la diversité de ses programmes d’enseignement (elle dispense des cours sur le bouddhisme américain, l’apocalyspticisme juif, le soufisme classique), mais il a fallu attendre ce semestre pour que la vénérable école propose un cours sur le mouvement religieux dont la croissance est la plus forte au monde : le mormonisme.

Cette décision d’Harvard d’ajouter à son cursus « le mormonisme et l’expérience américaine » reflète ce qui semble être un surcroît d’intérêt pour le mormonisme dans le monde universitaire américain.

Claremont Graduate University en Californie et l’université d’Etat d’Utah ont été les premières non mormones a attribuer des chairs en études mormones.  L’université du Wyoming réfléchit également à la chose.  L’American Academy of Religion, qui est la plus grande association au monde d’érudits sur le sujet de la religion, a récemment créé un nouveau groupe de spécialistes en études mormones.

Ce surcroît d’intérêt pour le mormonisme fait que davantage de presses universitaires publient sur le mormonisme, plus de conférences universitaires sont organisées sur le sujet, et toujours plus d’universitaires non mormons choisissent d’étudier l’Eglise de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours.

« D’une manière générale l’intérêt pour les études mormones est à la hausse.  Cela devient un phénomène auquel les universitaires s’intéressant aux autres mouvements religieux doivent être plus attentifs et sont contraints de prendre un considération », explique Melissa Proctor, intervenante à Harvard pour le nouveau cours d’études mormones. « Certaines personnes pensent que nous venons d’entrer dans une sorte d’âge d’or de l’étude du mormonisme », ajoute l’enseignante qui est née dans l’Eglise et travaille à un livre sur les femmes mormones d’aujourd’hui.

« Le thème du mormonisme apparaît a plusieurs reprises dans le programme d’étude d’Harvard, maiscelui-ci est davantage intégré à des cours d’histoire religieuse américaine que traité en tant que sujet de cours à part entière, explique Graham dans un e-mail.  Il y a tant de courants majoritaires à couvrir dans l’histoire religieuse de l’humanité, qu’habituellement le mormonisme ne fait pas partie des priorités, qui sont par exemple le courant shinto, le confucianisme, le tradition taoïste, et dont nous n’avons pas de spécialiste parmi nos enseignants ».

Qu’Harvard continue ou non à proposer ce cours, les spécialistes affirment que la hausse d’intérêt des universités américaines pour le mormonisme va de paire avec le fait que le mormonisme est plus visible dans la politique et la culture populaire.

Dernièrement, l’infructueuse campagne pour l’investiture républicaine aux présidentielles de l’ancien gouverneur du Massachusetts Mitt Romney a incité quantité d’Américains à réviser leur perception du mormonisme essentiellement négative, mais le mouvement religieux est également de plus en plus dépeint, souvent de façon critique, à travers de représentations scéniques ou cinématographiques, allant de la tragédie Angels in America de Tony Kushner vlauréat du Prix Pulitzer, au feuilleton Big Love de la chaîne HBO, ou au documentaire The Mormons diffusé l’année dernière sur PBS.

Mais les spécialistes du sujet affirment que l’intérêt que suscite le mormonisme a des causes plus complexes que la récente mise en lumière du mouvement, tels que les changements démographiques qui ont vu les mormons s’implanter davantage au-delà de leur habituelle région de l’ouest américain, ou les évolutions des universités qui ont intégré le développement des centres d’intérêts des départements de théologie et d’études religieuse en élargissant leur offre.

« Les nouvelles religions suscitent beaucoup d’intérêt, bien que le mormonisme ne soit en fait ni récent ni ancien », explique Richard L. Bushman, un spécialiste reconnu du mormonisme et professeur d’histoire émérite à Columbia University.  Il est prévu que Bushman occupe la chaire d’études mormones à Claremont dès cet automne.

« L’étude des religions en Amérique se détourne du protestantisme traditionnel et majoritaire, et tente de redéfinir une tradition religieuse qui est en fait bien plus bigarrée et marquée par la dissidence. Et le mormonisme entre précisément dans cette nouvelle approche », indique-t-il.

Le mormonisme a parfois été un sujet difficile à étudier, en particulier pour les chercheurs mormons, car l’Eglise a, en 1993 et 2000, excommunié des chercheurs qui exprimaient des opinions dissidentes des siennes, tout particulièrement sur des sujets liés aux femmes. Egalement, on a parfois reproché à l’Eglise sa politique trop restrictive concernant l’accès à ses archives.

Bushman souligne que convaincre les philanthropes mormons de participer aux programmes d’études mormones dans des universités non mormones constitue un véritable défi, en partie parce que certains donateurs potentiels craignent que certaines études qu’ils pourraient subventionner soient en fait critique envers leur Eglise.

Néanmoins, les représentants de l’Eglise qui, depuis les jeux olympiques d’hiver de Salt Lake City en 2002, se montrent aujourd’hui énormément plus décidée à expliquer ses croyances déclarent être favorable aux recherches universitaires.

« Nous sommes bien entendu ravis de l’intérêt suscité.  Nous sommes conscients qu’il y aura des ratés dans l’ensemble, mais cela fait parti du process », explique Frère W. Rolfe Kerr, a la tête de la commission d’éducation pour l’Eglise et qui a dans le passé participer à la commission pour l’éducation supérieure en Utah. 

« Nous voulons dissiper l’effet de mystère, d’exclusivité ou de restriction, raconte-t-il.  Nous avons fait preuve d’une grande ouverte, et je pense que c’est mieux ainsi ».

Les chercheurs expliquent que l’une des causes de la hausse vient du nombre croissant de jeunes mormons à travers le pays et qui ne trouvent pas tous une place à l’université dirigée par l’Eglise, Brigham Young University, basée à Provo en Utah.  Le résultat est que plus de mormons fréquentent aujourd’hui des universités ne dépendant pas de l’église mormone, obligeant ces universités à compter davantage avec cette religion née il y a 178 ans et qui revendiquent aujourd’hui 13 millions de membres.

« Je pense qu’il est raisonnable d’avancer qu’un assortiment d’élitisme universitaire et de bigoterie religieuse à retarder le développement de l’étude du mormonisme », insiste Brian D. Birch, le directeur du programme d’études religieuses au Utah Valley State College, qui propose quatre cours sur le mormonisme.  « Une des raisons de cela est que le mormonisme est catégorisé comme secte et donc indigne d’une attention sérieuse.  Cela n’est guère surprenant compte tenu des liens historiques entre l’étude des religion aux Etats-Unis et la théologie chrétienne et les écoles de théologie ».

A Harvard, Proctor indique que son cours, qui couvrira l’essentiel de l’histoire, la théologie, la culture et la sociologie mormone, a attiré un assortiment d’étudiants mormons et non mormons.

Proctor avoue ne pas savoir avec certitude quelle direction prend l’étude du mormonisme.  Elle s’inquiète, dit-elle, de la possible ‘ghettoisation’ des universitaires qui se penchent sur le mormonisme.  Et elle ajoute, en faisant référence aux excommunications, qu’il y a parmi les jeunes chercheurs mormons une crainte résiduelle quant à ce qui s’est passé dans un passé encore récent ».

Les étudiants semblent intéressés. Du moins à Harvard.  Proctor a dû en refuser après que sa classe ait atteint le nombre limite de 15.

« Je m’intéresse à l’histoire mormone pour l’importance de son rôle dans l’histoire religieuse américaine, car elle est à la fois par quantité d’aspects représentative de la religiosité américaine et en marge de celle-ci », explique Max Mueller, un étudiant de 28 ans qui suit le cours de Proctor.  Mueller, qui se décrit comme « un protestant vaguement libéral » raconte qu’il espère faire de la recherche sur le sujet du mormonisme.

« La recherche est essentiellement menée par des fidèles, et les chercheurs extérieurs à l’Eglise n’ont que récemment cherché à se pencher sur le sujet avec autre regard que celui de la dérision », raconte-t-il.  « Le mormonisme suscite un intérêt tardif mais important auprès des chercheurs non membres, et j’espère faire partie de ce mouvement ».