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Théologie, croyances, pratiques, et actualité de l'Eglise de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours

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Index / Les Mormons dans la presse / L'Eglise de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours souhaite limiter les défections parmi les convertis

 

La croissance mondiale de l’Eglise mormone met à l'épreuve sa capacité  à conserver ses convertis

 

 

Eric Gorsky

Associated Press

8 février 2008

Traduction mormonisme.com

Les textes entre [ ] sont des ajouts du traducteur

 

Chaque mercredi, des centaines de jeunes mormons et jeunes mormones à peine sortis du lycée se retrouvent sur le campus de l’université Brigham Young, où ils se voient privés de leur famille et de leur téléphones portables, mais confiés l’avenir de leur Eglise.

Séquestrés dans des classes quelques 14 heures par jour, on enseigne à ces missionnaires en formation à résumer l’essentiel des doctrines afin d’être aussi compréhensibles et cohérents pour un interlocuteur américain qu’ougandais.

Mais de plus en plus souvent, les conversations d’écoles tenues au Centre de formation des missionnaires de l’Eglise de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours ne portent plus seulement sur la manière de convertir mais sur la façon de garder les convertis dans les rangs de l’Eglise.  Un point qui apparaît comme un défi essentiel pour celui qui sera le successeur de Gordon B. Hinckley, décédé à l’âge de 97 ans.

Bien que garder ses fidèles soit un challenge pour tous les mouvements évangélistes, l’Eglise des SDJ semble avoir un taux de défection particulièrement élevé.

Le taux de rétention à l’étranger est une donnée cruciale pour l’avenir de l’Eglise des SDJ. Née sur les continent américain, l’Eglise de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours se targuent de compter aujourd’hui plus de fidèles à l’étranger qu’aux Etats-Unis.  Environ 55% des 13 millions de fidèles de par le monde vivent en dehors des frontières américaines, selon les statistiques de l’Eglise.

Les Mormons travaillent dur pour maintenir une intégrité doctrinale tout en restant compétitifs sur le marché de la conversion.  Et tout se joue au Centre de Formation des missionnaires, qui remplit également le rôle de laboratoire de langues, de dortoir, et de centre de réflexion prosélyte.

Avec ses 4000 places, le Centre de Provo, le plus grand des 17 centres de formation répartis dans le monde, entraîne ces jeunes fidèles durant trois à douze semaines ; la durée du séjour dépendant de si le missionnaire apprend l’une des 53 langues enseignées ici et de son degré de difficulté.

On attend des tout jeunes mormons jugés aptes qu’ils accomplissent une mission de deux ans dès l’âge de 19 ans.  Et les couloirs du Centre grouillent de jeunes hommes polis portant des costumes noirs et de cravates en polyester et pouvant être permutés les uns avec les autres sur le terrain.  Il y a aussi quelques jeunes femmes se préparant pour un voyage de 18 mois.

C’est à une buanderie dans un sous-sol que ressemble le plus la « maison des étudiants », dans lequel les missionnaires, pendant leur jour de repos appelé jour de préparation, se détendent en tenue décontractée et écrivent leurs lettres hebdomadaires à leur famille (il est également possible d’envoyer des emails mais ils n’ont le droit de passer que 30 minutes maximum sur internet).

Brock Hale de Medecine Hat à Alberta, décrit sa formation comme allant bien au-delà d’un enseignement de la langue et des doctrines nécessaires à sa mission de conversion en Roumanie. 

Son formateur, un ancien missionnaire roumain, donne d’utiles conseils sur le plan culturel : attendez-vous à ce que l’interdiction de fumer imposée par la doctrine de l’Eglise [voir la Parole de Sagesse] soit difficile à faire accepter ; et ne vous offensez pas facilement si les Roumains s’avèrent très prompts à insulter.

Des années durant, le laïus que devaient maîtriser les missionnaires mormons débutait par la première vision de Joseph Smith, le fondateur de l’Eglise.  Préoccupé par le taux de défection, Hinckley a proposé une nouvelle approche, appelée « Prêcher mon Evangile », qui encourage les missionnaires à parler beaucoup plus avec le cœur.

« Réciter machinalement un discours appris par cœur ne marche pas pour tout le monde », explique Malachi McGee, missionnaire de Burns dans l’Oregon en partance pour Taiwan.

L’Eglise des SDJ ne publie pas de statistiques de défection, et il est difficile de faire des comparaisons car les mouvements religieux ont tous différentes façons de dénombrer leurs fidèles et d’évaluer leur participation et activité.

Tim Heaton, un sociologue de BYU, s’est servi de données fournies par des recensements menés au Mexique, Brésil et Chili pour montrer que le nombre de citoyens affirmant être mormon représentait seulement 20 à 25% du chiffre donné par l’Eglise, ce qui suggère un important taux de défection.

Certains chercheurs affirment que l’Eglise rencontre des difficultés à conserver ses fidèles car elle refuse de s’adapter aux caractéristiques culturelles des autres pays.  Si l’Eglise catholique a, elle, accepté l’utilisation de percussions au sein de ses paroisses africaines, les dirigeants mormons la voit d’un mauvais œil.

Même dans le bush africain, les missionnaires mormons portent invariablement chemises blanches et cravates.  Et la conception des chapelles locales est établie à Salt Lake City.

« Cela fait l’effet d’un McDonald’s érigé au milieu de Tokyo », explique Jan Shipps, une spécialiste du mormonisme réputée et qui n’appartient pas à l’Eglise.

D’autres pensent que bien que l’Eglise des SDJ se décrive comme un culte universel, ce sont probablement les aspects américains de sa théologie qui lui coûtent les défections dans les autres pays.

« Le prophète de Dieu était new-yorkais, le jardin d’Eden se trouve ici aux Etats-Unis, et le Christ reviendra dans le Missouri », souligne Gerald McDermott, professeur de religion à Roanoke College en Virginie. « A l’heure où l’Amérique est si peu populaire à l’étranger, cela risque de ne pas être perçu très positivement par quantité de gens ».

Puis il y a les obligations religieuses qui peuvent en décourager plus d’un – telle que la dîme qui requiert le reversement à l’Eglise de 10% de ses revenus, ou l’interdiction de consommer du café qui est partie prenante de la culture sud américaine.  « C’est déjà suffisamment difficile de devenir mormon lorsque vous vivez en Californie », indique Richard Bushman, un universitaire mormon et professeur émérite à Columbia University.

Il y a des signes de changement : On demande maintenant aux missionnaires de passer plus de temps à effectuer le suivi des nouveaux convertis.  Egalement, le manuel en ligne de préparation aux catastrophes incite désormais à stocker non seulement du blé mais aussi du riz.

Et lors de la récente retransmission d’un meeting de formation internationale, certains mormons ont remarqué qu’un apôtre mormon assis aux côtés des représentants de l’Eglise aux Philippines ne portait pas le classique costume cravate mais une chemisette, et tout de même une cravate.

« Toutes ces populations du monde garderont leur personnalité et leurs traditions », rassure Dieter F. Uchtdorf, [aujourd’hui conseiller à la Présidence mais alors] membre du collège des Douze, une haute instance gouvernante de l’Eglise.  « L’important est que nos croyances unissent les fidèles ».

Allemand né en Tchécoslovaquie, ancien directeur des opérations de vol chez la compagnie aérienne Lufthansa, Uchtdorf est le seul membre du Collège des Douze né en dehors des frontières américaines.  Il pense que le taux de défection est relativement faible si l’on considère que l’Eglise est encadrée par des dirigeants laïques et bénévoles.

Selon Uchtdorf, dans les zones à fort potentiel de croissance, l’Eglise doit croître « graduellement, à un rythme naturel et sain » de sorte que les dirigeants de paroisses locales soient à l’aise sur le plan doctrinal.

« Dans certains coins d’Afrique, nous pourrions baptiser des villages entiers, explique Uchtdorf.  Nous pourrions faire exploser nos statistiques d’adhésion. Mais nous préférons avancer progressivement pour être mieux suivi ».