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L’Église mormone et la politique
Gary James Bergera
The Salt Lake Tribune
7 mai 2007
article source
Traduction Fabrice
Cellier mormonisme.com
Dire de l’Église de Jésus
Christ des Saints des derniers jours qu'elle outrepasse régulièrement le principe de
séparation de l’Église et de l’État, et soutient secrètement le parti
républicain fait parti du folklore local.
Cette croyance repose essentiellement sur les
activités du corps législatif d’Utah composé en majeure partie de SDJ
républicains, ainsi que sur les habitudes électorales d’une population
majoritairement mormone.
Toutefois, les choses ne sont jamais aussi simples.
Officiellement, l’église mormone souligne régulièrement qu’elle ne prend jamais
part à des campagnes partisanes et qu’elle respecte la séparation de l’Église et
de l’État. Depuis que l’Utah est devenu un état, si ce n’est plus tôt encore,
la Première présidence de l’église a officiellement et constamment soutenu une
politique de neutralité
Seule la Première présidence a le pouvoir de prendre
position au nom de l’Église, et les positions de la présidence sur les sujets
politiques sont claires et sans équivoque.
Par exemple, six ans avant que l’intégration de
l’Utah aux Etats-Unis d’Amérique, la Première présidence déclara : « Aussi bien
en théorie qu’en pratique, nous concevons le gouvernement ecclésiastique comme
distinct et séparé du gouvernement civil » (21 déc. 1889). Et elle répéta par
la suite : « Il n’y a jamais eu, et le il n’y a pas, de notre part et de celle
de nos co-religionnaires, le moindre désir de faire quoi que ce soit allant dans
le sens d’une union de l’Église et de l’état » (6 avril 1896).
Durant la seconde guerre mondiale, la présidence
affirma de nouveau : « L’Église soutient la séparation de l’Église et l’État »
(mai 1942).
L’histoire turbulente de l’Église a elle-même
renforcé la position de la présidence : « Les membres de notre l’Église ont été
les victimes d’une persécution officielle motivée par l’intolérance religieuse.
Nous sommes, par conséquent, pleinement convaincu, par expérience ainsi que par
précepte, de la sagesse du principe constitutionnel qui impose au gouvernement
et aux représentants publics respect et neutralité sur les sujets de religion »
(17 mars 1979).
La déclaration la plus claire qu’ait faite la
Première présidence de l’Église, il y a cent ans de cela et sur laquelle elle
n’est jamais revenue, ne laisse aucune place au doute : « L’Église de Jésus
Christ des Saints des derniers jours s’en tient au principe de séparation de
l’Église et de l’État ; à la non-intervention de l’autorité religieuse dans les
affaires politiques ; et à la liberté et l’indépendance absolues des individus
dans la réalisation de leurs missions politique… nous sommes favorables : à la
séparation totale de l’Église et de l’État ; à ce que l’Église n’exerce aucune
influence sur l’État ; à ce qu’aucune Église n’interfère avec les fonctions de
l’État ; à ce qu’aucun État n’intervienne dans le fonctionnement de l’Église, ou
dans le libre exercice de la religion ; à la liberté absolue des individus,
détachés de toutes influences émanant de quelconque autorité religieuse, dans le
domaine politique ; à l’égalité de toutes les églises devant la loi » (mai
1907).
Non seulement l’EJCSDJ refuse toute implication de
sa part dans le processus électoral, mais elle condamne de façon explicite
toutes tentatives d’obtenir son soutien officiel les engagements partisans.
« Nous n’avons aucun droit, et ne souhaitons pas »,
proclama la Première présidence en 1910, « utiliser le pouvoir de prêtrise que
nous possédons, pour imposer ou obliger à quelconque membre de l’Église, ou tout
autre être humain, de se joindre ou de s’opposer à un quelconque parti ou
faction politique… » (17 déc. 1910).
De nouveau en 1936 : « L’Église n’interfère pas, et
n’a pas l’intention d’interférer avec la pleine liberté de ses membres à voter
librement… » (3 juillet 1910).
De nouveau en 1963 : « Nous croyons au bipartisme,
et nos membres sont parfaitement libres de soutenir le parti de leur choix » (4
janvier 1963). Et plus récemment en 1988 : « Nous ne présentons aucun candidat
aux postes politiques et ne dictons pas aux gens comment voter » (9 juin 1988).
Bien que la Première présidence donne périodiquement
sa position sur un sujet qu’elle considère être de moralité, et que ses membres
violent parfois le protocole officiel de l’Église, elle tient à rappeler que
l’Église des SDJ s’oppose depuis longtemps au rassemblement de l’Église et de
l’État, et n’a jamais exprimer sa préférence pour un parti plutôt qu’un autre.
Pour en savoir plus, voir Statements of the LDS
First Présidency : a Topical Compendium (Signature Books, 2007) de Gary
James Bergera, Directeur de Smith-Pettit Foundation.
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Les SDJ ont une longue histoire d'interventionnisme dans
la politique de l'Utah
Q. Michael Croft
Salt Lake Tribune
17 mai 2007
voir les archives du SLT
Traduction Fabrice
Cellier mormonisme.com
J'aimerais juste
répondre à un récent article paru dans la rubrique "votre avis" (Tribune du
6 mai) écrit par Gary Bergera sur les relations entre l'église mormone et la
politique.
Deux points en
particulier ont besoin d'être rectifiés. Le premier porte sur l'affirmation
que "dire de l’Église de Jésus
Christ des Saints des derniers jours qu'elle outrepasse régulièrement le principe de
séparation de l’Église et de l’État, et soutient secrètement le parti
républicain fait parti du folklore local";
et le second que "Non seulement l’EJCSDJ
refuse toute implication de sa part dans le processus électoral, mais elle
condamne de façon explicite toutes tentatives d’obtenir son soutien officiel
les engagements partisans".
En 1985,
j'ai rédigé une thèse de doctorat en histoire à l'Université d'Utah dont
l'intitulé était "L'influence de l'Église des SDJ sur la politique". J'ai
découvert que, au moins jusqu'en 1985, l'Église s'est à de nombreuses
occasions impliquée dans des affaires de politiques partisanes en Utah.
J'ai, pour ma recherche, interrogé près de 60 individus qui étaient ou
avaient été des personnalités politiques de cet État, et ai eu recours à
quantité de sources primaires sur la politique en Utah.
Laissez
moi reprendre quelques exemples donnés traduisant l'implication manifeste de
l'Église des SDJ dans le processus politique de l'Utah.
Selon
Milton R. Merrill, auteur d'une biographie sur le sénateur (mormon) Reed
Smoot, ce dernier "tenait énormément compte des conseils que lui donnait le
Président (de l'Église) Joseph F. Smith. Et cette alliance
politico-religieuse entre les deux hommes a dominé le parti républicain
pendant un temps."
Sous la
présidence de Heber J. Grant, l'Église a publiquement soutenu, à travers le
Deseret News, le candidat républicain Alfred M. Landon opposé à Franklin D.
Roosevelt (ce qui n'a pas empêché Roosevelt de l'emporter en Utah).
En 1960,
le président de l'Église David O. McKay a personnellement soutenu la
candidature de Richard Nixon. Bien qu'il ait souligné qu'il faisait cela en
tant que citoyen, sa position de dirigeant de l'Église a dû avoir un impact.
Selon le
président (de l'Église) Ezra Taft Benson, "ceux qui veulent interdire la
sphère politique au prophète veulent exclure Dieu du gouvernement".
Genevieve
Atwood a raconté cette amusante anecdote survenue alors qu'elle était jeune
membre de la Chambre des Représentants de l'Utah: " la personne assise
devant moi, jeune représentant comme moi, s'est retourné et levé pendant une
suspension de séance. Je n'avais jamais vu quelqu'un d'aussi blanc. Il
venait de recevoir un appel en provenance de South Temple (siège de
l'Église). Un membre des Autorités générales venait de lui dire que "piper
les dés était le meilleur moyen de gagner"
Le
gouverneur de l'Utah Calvin L. Rampton raconte: "J'ai appelé l'Église
quantité de fois pour lui faire part de mesures politiques que j'avais
l'intention d'engager. Pendant les années où j'étais gouverneur j'ai eu des
centaines de contacts avec les représentants de l'Église".
Pendant
les élections de 1950, le sénateur démocrate sortant s'est retrouvé
confronté au Comité de surveillance et du respect des lois, le Law
Observance and Enforcement Committee, qui comprenait de nombreux présidents
de pieux mormons et rendaient compte directement à Spencer W. Kimball qui
était alors un Apôtre de l'Église.
Le comité
avait envoyé aux représentants locaux de l'Église une lettre qui concluait
ainsi: "Si vous souhaitez davantage de conseils sur les candidats en course,
nous vous suggérons de consulter votre évêque, qui sait quels candidats
soutiennent nos principes".
En 1948,
J. Bracken Lee, le candidat
au poste de gouverneur,
a rencontré les membres du Conseil des Douze Apôtres qui tentèrent de lui
faire signer un engagement affirmant qu'il s'opposerait à une modification
des lois sur la réglementation l'alcool (très restrictives en Utah). Lee
refusa, et il rapporte que "un des apôtres haussa le ton et me déclara que
je venais de perdre (les élections)". En fait Lee les remporta.
Le
gouverneur Scott Matheson m'a confié qu'à sa demande il s'entretenait
souvent avec le Comité des Affaires publiques de l'Église. "Je le fais tout
naturellement, bien sûr... Par exemple, juste avant que les législatives
commencent, je fais toujours une copie du rapport budgétaire ainsi que des
documents et statistiques sur "l'état de l'État"... je leur fais un bref
compte-rendu des questions politiques majeures et des sujets qui me
préoccupent".
En 1964,
le représentant de l'Utah Sherman P. Lloyd se présentait contre l'ancien
président de BYU Ernest L. Wilkinson pour la nomination républicaine au
sénat des États-Unis. Dans son journal il raconte avoir rencontré le
président (de l'Église) McKay, ainsi que Hugh B. Brown et Nathan E. Tanner,
alors apôtres de l'Église.
D'après
Loyd, "Président McKay est naturellement très proche d'Ernest Wilkinson,
mais a déclaré que je pouvais me présenter au Congrès sans aucun problème.
J'ai indiqué qu'au stade où j'en étais je ne pouvais plus me rétracter et
que je lui demandais de faire preuve de compréhension. Sur le ton de la
plaisanterie, je lui ai alors raconté l'histoire d'un homme pourchassé par
un ours et qui finit par se laisser tomber à genoux en implorant: "Mon Dieu,
si vous ne voulez pas m'aider, par pitié n'aidez pas cet ours". Cela a
beaucoup amusé la Première présidence.
En 1954,
un référendum sur une nouvelle répartition géographique des sénateurs de
l'Utah fut proposée. Celle-ci aurait placé le sénat sous la domination des
comté ruraux mormons. Selon le journal d'Henry D. Moyle qui était alors
apôtre de l'Église, Harold B. Lee (lui même apôtre à l'époque) et Moyle
"débattirent pendant des heures avec quatre membres du corps législatif de
l'Utah dans le centre administratif de l'Église de la proposition d'amender
la donne sénatoriale".
D'autres
chercheurs ont révélé que "les camions de services sociaux de l'Église
furent bondés de tracts destinés et pieux et paroisses de tout l'État. Et
dans quantité de ces paroisses et pieux, les membres de la prêtrise se
virent remis des paquets de tracts qu'on les pria de distribuer à chaque
foyer de leurs quartiers.
Je ne
pense pas que l'implication de l'Église dans la politique de l'Utah soit
uniquement une affaire de folklore.
A propos,
il faudrait rappeler qu'en 1844 Joseph Smith se présenta à la présidence des
États-Unis et que, durant sa campagne, il utilisa les missionnaires de
l'Église comme aides de campagne.
Q. Michael
Croft a enseigné à East High School et a reçu son doctorat de l'université
d'Utah
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