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Conserver ses fidèles : un défi pour l’Eglise des SDJ

 

Mythe mormon : La croyance qui veut que l’Eglise soit le mouvement religieux qui connaisse la croissance la plus rapide au monde ne tient pas.

 

Peggy Fletcher Stack

The Salt Lake Tribune

22 juin 2006

article source

Traduction de Fabrice Cellier, mormonisme.com

 

Les sociologues, les anthropologues, les journalistes, et les SDJ fiers de l’être ont tellement ressassé que le mormonisme était le mouvement religieux à la croissance la plus rapide au monde, que l’affirmation était perçue comme irréfutable.

Le problème est que ça n’est pas vrai.

Aujourd’hui, l’Eglise de Jésus Christ des Saints des derniers jours compte sur ses registres plus de 12 millions de membres, faisant ainsi plus que doubler le chiffre qu’elle revendiquait il y a un quart de siècle.  Mais depuis 1990, d’autres cultes – les Adventistes du Septième jour, les Assemblées de Dieu, et les groupes pentecôtistes – ont connu une croissance bien plus rapide, et ce dans davantage de coin de la planète.

Plus parlant encore, le nombre de Saints des derniers jours considérés comme étant des pratiquants allant à l’église ne représente qu’environ un tiers du chiffre total, ce qui représente 4 millions de fidèles fréquentant les bancs de l’église le dimanche, soulignent les chercheurs.

Pour une Eglise qui possède des troupes de missionnaires aussi importantes et aussi dévouées, cherchant à propager la bonne parole à chaque instant, les résultats de conversion des dernières années ont révélé un phénomène inattendu.

Selon les statistiques publiées par l’Eglise, le nombre annuel de convertis a chuté de 321 385 en 1996 à 241 239 en 2004.  Durant les années 1990, le taux de croissance de l’Eglise est passé de 5% à 3%. 

En comparaison, l’Eglise de Adventistes du Septième jour rapporte qu’elle a converti plus 900 000 adultes chaque années depuis 2000 (ce qui représente une croissance moyenne de 5%), atteignant ainsi 14,3 millions de membres.  Les Assemblées de Dieu revendique aujourd’hui 50 millions de membres de part le monde, et comptant 10 000 nouveaux membres par jour.

La Russie fournir un exemple particulièrement parlant quant à ces différents taux de croissance.  Après plus de 15 années de prosélytisme dans ce pays, on y compte aujourd’hui 17 000 SDJ.  Sur la même période, le nombre de Témoins de Jéhovah est grimpé à 140 000, avec plus de 300 000 personnes se rendant aux conférences du mouvement.

 

Une activité tracée : Lorsque le centre d’études supérieures de l’université City University of New York (CUNY) a mené en 2001 une étude l’appartenance des américains à un mouvement religieux (American Religious Identification Survey), il découvrit qu’à peu près autant de gens affirmait avoir rejoint l’Eglise que l’avoir quittée.  Cette étude de la CUNY a établi que la croissance nette de l’Eglise était de 0%.  A l’inverse, l’étude montra les Témoins de Jéhovah et les Adventistes du Septième jour connaissaient une croissance de 11%.

« Parce que les statistiques d’appartenance sont calculées et rapportées différemment en fonction des groupes religieux, l’Eglise des SDJ ne publie pas de statistiques comparatives avec les autres cultes » déclarait vendredi le porte-parole SDJ Dale Bills.

Sur la question de la participation active des mormons Tim Heaton, le démographe de l’université Brigham Young University a fait remarqué dans The Encyclopedia of Mormonism que la participation aux réunions de sacrement hebdomadaire au début des années 1990 était entre 40% et 50% au Canada, les régions du Pacific sud, et aux Etats-Unis.  En Europe et en Afrique, la moyenne était de 35%.  En Asie et Amérique du sud la participation tournait aux alentours de 25%.

En multipliant le nombre de membres de chaque région avec ces pourcentages, David G. Stewart Jr. estime que le taux d’actifs de part le monde est d’environ 35%, ce qui attribue à l’Eglise environ 4 millions de membres actifs.

Stewart, un mormon actif qui a effectué sa mission en Russie dans les années 1990, effectue une recherche sur le travail des missionnaires mormons dans 20 pays différents sur une période de 13 ans, en examinant les chiffres de recensement, et en analysant les données publiques.

Prenez l’exemple du Brésil.  Lors de son recensement de 2000, 199 645 résidents se déclarèrent mormons, alors que l’Eglise comptait 743 182 membres sur ces registres.

« Cette divergence peut s’expliquer par un certain nombre de raisons, affirme Bills, comme le choix de certains citoyens de ne pas révéler les appartenance religieuse ».

 

Conserver ses membres : Stewart indique que les mormons doivent connaître ces statistiques pour être des missionnaires plus efficaces.  A cette fin, il publie sa recherche aux cotés d’une description de ce qu’il appelle « les principes testés afin d’améliorer la croissance et le maintien des membres dans l’Eglise » dans un livre à venir The Law of the Harvest : Practical Principles of Effective Missionary Work.

« C’est très préoccupant que les régions qui connaissent les croissance les plus importantes en terme d’adhésion, l’Amérique latine et les Philippines, soient également les régions avec un niveau extrêmement faible en ce qui concerne le maintien des convertis », indique Stewart, un médecin californien.  « Bien d’autres groupes, tels que les Adventistes ou les Témoins de Jéhovah, ont toujours connu d’excellents taux de maintiens des convertis dans ces cultures et sociétés.  Les Saints des derniers jours perdent 70% à 80% de leurs convertis, alors que les Adventistes conservent 70% à 80% des leurs ».

Le taux qui souligne le mieux la croissance mormone est certainement celui de la création de nouveaux centres ecclésiastiques, telles que les districts (congrégations) et les branches (sorte de diocèse).  Parce qu’ils sont animés par des volontaires, ces centres ne peuvent fonctionner sans assez de membres actifs.

 

En 1980, The Ensign, le magazine officiel de l’Eglise des SDJ, prédisait que le nombre de fidèles passerait de 4,6 millions à cette époque à 11,1 millions en 2000, et que le nombre branches de 1 190 à 3600 en 2000.  Et bien que le nombre de membres fut très proche de celui de la projection, il y avait seulement 2 602 branches à travers le monde à la fin de l’année 2002.

« Vous pouvez conclure de ces tendances que le pourcentage baisse, que les chiffres se sont tassés ou bien qu’ils chutent.  Ils nous disent ce qu’il se passe à l’heure actuelle », explique Heaton.  « Mais tenter d’en tirer des conclusion sur l’avenir est une entreprise périlleuse.  Que se passerait-il si soudainement la Chine ou l’Inde nous laissait rentrer sur leur territoire et que le travail (des missionnaires) prenait ? ».

 

Prédire l'avenir :  En 1984, le sociologue Rodney Stark de l’Université de Washington fut étonné de découvrir que le taux de croissance de l’Eglise des SDJ de 1940 à 1980 était de 53%.  Il avait estimé que si l’Eglise continuait de croître au taux plus modeste de 30%, il y aurait 60 millions de mormons en 2080 ; à 50% ce chiffre s’envolerait pour atteindre 265 millions.

Il avait fait cette célèbre prédiction affirmant que l’Eglise des SDJ « atteindra bientôt un niveau comparable à celui de l’islam, du bouddhisme, du christianisme, de l’indouisme, ou d’autres cultes majoritaires ».

Les SDJ était passe de devenir « le premier grand mouvement religieux à apparaître sur terre depuis que le prophète Mahomet sortit du désert », écrivit Stark.

Quantité de gens, surtout les mormons, se saisirent avec empressement l’affirmation de Stark.  Ces dernières années, toutefois, certains universitaires remirent en question ses prédictions.

Une chose est certaine, l'Ecole véritable de la terre pure bouddhiste, Sokka Gakkai, Baha’i, et le soufisme sont tous des mouvements au moins équivalent en taille et sont apparu après l’islam au VIIème siècle, souligne Gerald McDermott, un professeur d’études religieuses à Roanoke College en Virginie qui a fait un exposé à la bibliothèque du congrès pour le symposium sur le mormonisme en avril dernier.

Un élément clé qui déterminera la capacité du mormonisme à devenir une religion mondiale, souligne McDermott ; est sa capacité à transcender sa culture fondatrice pour devenir universelle.  Le catholicisme, par exemple, débuta à Jérusalem mais se trouva un chez-lui dans plein d’autres endroits, là où il put aisément s’assimiler aux cultures locales.

Le message des SDJ a trouvé un auditoire réceptif en Amérique latine et dans le pacifique sud, où les missionnaires mormons peuvent dire aux gens que Dieu ne les a pas oublié, puisque le Livre de Mormon relate l’histoire d’une famille hébraïque qui a migré de Jérusalem vers le nouveau monde et dont les descendants reçoivent la visite de Jésus Christ après sa résurrection.

Mais il se peut que l’Eglise ne croisse pas aussi bien que les autres religions chrétiennes dans des zones comme l’Afrique ou la Chine, puisqu’elle ne peut délivrer de message aussi rassurant pour eux, ajoute-t-il.

 

Un culte américain : Le mormonisme est « si profondément américain », explique McDermott dans un entretien téléphonique.  « Dieu rendit visite à Joseph Smith (le fondateur du mormonisme) dans le nord de l’état de New York.  L’Eden  débuta dans le Missouri et le millenium se finira là-bas.  Le nouvel exode se fit en Amérique du nord ».

Aucune de ces critiques ne semble ennuyer Stark, qui enseigne maintenant à Baylor University à Waco dans le Texas.  Ces réactions l’amusent.

« L’Eglise a aimé les résultats communiqués, et ceux qui sont contre l’Eglise cherchent désespérément à expliquer pourquoi cela ne se produira pas, a-t-il expliqué la semaine dernière.  Tout le monde prend la chose bien trop à cœur.  J’ai tenté d’expliquer clairement que j’essayais juste d’apporter un peu d’organisation à une multitude de conversations partant dans tous les sens ».

La chose était devenue un jeu sur le thème du « faisons comme si », dit Stark, lorsqu’il a appliqué sa complexe formule d’intérêts et vit quantité de mormons.

Il affirme qu’il n’a jamais eu l’intention de dicter l’avenir du mormonisme à travers ses projections.  Il se peut que d’autres aient des schémas plus complexes pour remettre en cause ses découvertes.

« Il est possible qu’ils aient raison, dit-il.  Mais encore une fois, si (la croissance mormone) s’est un peu ralenti, elle peut très bien reprendre à l’avenir ».

Stark, dont les travaux seront ré-édités cet été dans un nouveau volume, The Rise of a New World Faith : Rodney Stark sur le mormonisme, ne voit aucune raison d’excuse ses affirmations.

« Il y a déjà plus de mormons que de juifs, dit-il, et nous considérons le judaïsme comme une religion mondiale majoritaire ».