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Index / Les Mormons dans la presse / La proportion des Mormons en Utah est en baisse

 

La part des mormons dans la population de l’Utah est en baisse régulière.

 

Matt Canham

The Salt Lake Tribune

22 juin 2006

article source

Traduction Fabrice Cellier Mormonisme.com

Les textes entre [ ] sont des ajouts du traducteur

Statistiques et graphiques sur la démographie mormone en Utah

 

Il y a 158 ans aujourd’hui, Brigham Young et son groupe de pionniers arrivaient dans la vallée du lac salé, amorçant un phénomène migratoire qui devait rapidement transformer l’Utah en un royaume au milieu du désert dominé par les mormons.

Cette domination – au moins en termes de chiffres bruts– semble toucher à sa fin.

On s’attend à ce que dans les trois prochaines années la proportion de mormons dans la population de l’état d’Utah atteigne son niveau le plus bas depuis que l’Eglise de Jésus Christ des Saints des derniers jours recense ses fidèles.  Et si la tendance actuelle persiste, les habitants mormons ne seront plus majoritaires en 2030.

Ces projections sont basées sur des statistiques d’adhésion que l’Eglise garde habituellement secret et qu’elle remet de son propre chef au Bureau du Développement et du Budget d’Utah, ce qui laisse supposer l’existence d’un contrat de confidentialité sur le sujet.  Le bureau du développement de l’état se sert d’un décompte effectué comté par compté afin d’établir des estimations de croissance démographique.

En demandant à consulter les registres publics, le Salt Lake Tribune a obtenu les chiffres concernant la période allant de 1989 à 2004.  Les fonctionnaires de l’état pensent que l’Eglise des SDJ a fourni les registres depuis au moins les années 1960s mais n’ont pu récupérer que les chiffres portant sur une quinzaine d’année, pour lesquels ils n’ont trouvé aucune trace d’un accord de confidentialité.

Néanmoins ces quinze années suffisent à identifier une évolution historique de la composition de la population de l’Utah, par ailleurs en croissance permanente.

En des termes simples, « la composition de l’Utah dans ses grandes lignes se rapproche de celle de la nation », résume Robert Spendlove, le démographe en chef du bureau du développement.

 

Un changement lent : les changements religieux vont probablement modifier le discours civique, ce qui ne signifie pas pour autant que la culture dominée par les SDJ d’Utah ou la politique conservatrice de l’état changeront radicalement dans un futur proche.  Les universitaires préfèrent avancer que cela se évoluera avec le temps, au fil des naissances et de l’arrivée de non-mormons qui grignotent toujours un peu plus sur la proportion de SDJ au sein de la population d’Utah.

Comme le dit Theresa Martinez, sociologue à l’université d’Utah, « le noyau mormon exercera toujours un pouvoir.  Je suis certaine que cela ne changera pas tellement en l’espace d’une vie.  La population se diversifiera probablement mais la structure du pouvoir restera inchangée ». 

L’affirmation souvent entendue et qui dit que l’Utah est à 70% mormon est fausse, et ce depuis plus d’une décennie, d’après les statistiques de l’Eglise.  Alors que la population mormone continue de croître, sa proportion au sein de l’état témoigne d’une lente mais constante baisse pour chaque année de 1989 à 2004.

D’après le décompte effectué en 2004, les SDJ constituent 62,4% de la population de l’Utah, avec un chiffre en baisse dans chacun des comtés.  Les représentants de l’Eglise refusent les interviews, mais ont délivré un communiqué qui répond aux questions posées par la Tribune : « l’Eglise a toujours tendu une main amicale à ceux d’autres confessions, et continuera de le faire ».

L’Eglise des SDJ dit que son décompte comprend « tous les membres », y compris les enfants de moins de 8 ans de familles mormones (l’âge auquel la plupart des mormons sont baptisés), ainsi que les membres non-pratiquants.

Le professeur Tim Heaton, qui étudie la démographie des SDJ pour le compte de l’université mormone Brigham Young University (BYU), affirme que les statistiques des comtés viennent probablement des registres d’adhésion, et qu’entre un tiers et la moitié des gens ne pratiquent plus leur foi.  Si cela est avéré, alors, au mieux, 41,6% de la population d’Utah est constituée de mormons allant à l’Eglise.

 

Analysées, les tendances chiffrées que la Tribune explore dans des articles parues aujourd’hui , lundi et mardi mettent en lumière que :

-         à l’échelle du comté, l’Eglise des SDJ possède des congrégations consolidées dans certains comtés riches, surtout après que de jeunes familles aient ré-emménagé dans de grandes maisons plus abordables dans le nord de l’Utah.

-         Le comté de Washington est celui dont la population croît le plus rapidement et l’Eglise n’arrive pas à répondre au besoin croissant de lieux de rassemblements.  Toutefois, la proportion de résidents mormons est passée en dessous de celle de l’état.

-         Même dans le comté qui compte le moins de SDJ, il est plus facile pour un mormon de trouver un sentiment d’appartenance communautaire qu’il ne l’est pour un non-mormon dans un comté à majorité mormone.

-         Des statistiques provenant d’autres sources montrent que la croissance mondiale de SDJ s’est ralentie.  Les chiffres officiels de l’Eglise dénombrant les membres de l’Eglise dans des pays clés sont nettement supérieurs à ceux révélés par les recensements.

La diversification religieuse en cours en Utah n’a pas grand-chose à voir avec l’Eglise des SDJ ou ses enseignements, mais est plutôt le reflet de la situation économique, d’après Pam Perlich du Bureau de recherche économique et des affaires de l’université d’Utah.  Perlich siège au comité qui établit les projections de croissances démographiques de l’état, en partie grâce à ces chiffres livrés par l’Eglise.  Par souci d’exactitude, elle a également revu l’analyse faite par la Tribune.

« Lorsqu’il y a croissance économique, il y a également croissance des populations minoritaires, et il s’agit là d’une sorte de nom de code pour définir les non-mormons », dit-elle.

L’Utah a déjà été témoin d’une tendance similaire au début du XXème siècle lors du boom minier, mais, lorsque les mines ont cessé d’être rentables, les travailleurs sont partis et la proportion de SDJ a augmenté de nouveau.  La solide croissance économique qu’ont connue les années 1990s, avec un léger sursaut il y a quelques années ont changé la raison principale pour laquelle les gens viennent en Utah, remplaçant la religion par le travail.

Les immigrants mexicains, qui ne sont généralement pas mormons et ont souvent des familles nombreuses, ont énormément contribué à ce changement, dit Perlich.  Mais elle s’attend à ce que la proportion de SDJ croisse de nouveau si la situation économique venait à se tasser, parce que, insiste Perlich, les gens qui ont peu d’attache ici dans l’état de la ruche [Beehive State, nom que les mormons ont donné à leur état et symbolisant leur éthique de travail] partiront très probablement en quête d’un meilleur marché du travail.

Le gouverneur John Huntsman Jr. qualifie cette chute de la proportion démographique mormone de « tendance qui était largement prévisible ».  Il s’attend à ce qu’elle donne lieu à des ramifications politiques, puisque la plupart des mormons votent républicain.

« A terme, il y aura un meilleur équilibre entre républicains et démocrates, affirme le gouverneur républicain qui ne voit pas d’un mauvais œil une croissance du pouvoir démocrate dans cet état qui compte parmi les plus conservateurs du pays.  J’ai toujours plébiscité l’équilibre, en toute chose ».

Alors que le bloc d’électeurs est tout aussi républicain qu’il l’a été depuis le début des années 1980s, Kelly Patterson du département de sciences politiques de BYU a observé, grâce aux sondages effectués à la sortie des bureaux de vote, « une légère baisse » du pourcentage de votants mormons.  Il a constaté que le vote conservateur s’est toujours maintenu entre 55 et 60 pourcent de l’électorat, alors que les votants mormons sont passés de 72% à l’élection présidentielle de 1984 à 67% en 2004.

 

Mode de vie et morale : Le constant penchant de l’Utah pour le parti républicain – avec d’autres tendances attribuées à l’importante population mormone – suggère que de nombreux résidents non-mormons s’adaptent très bien au mode de vie qu’offre l’état.  Les habitants de l’Utah continuent d’être moins enclins que l’américain moyen à fumer, consommer des drogues, mourir du cancer, ou devenir parent à l’âge de l’adolescence.

Perlich n’est pas étonnée, et affirme qu’un non-mormon est seulement une personne dont les convictions religieuses diffèrent de celles de l’Eglise des SDJ, ce qui comprend des individus à la morale proche de celle du mormon moyen.

« La population non-mormone n’est pas monolithique, ajoute-t-elle. Elle a une grande diversité en son sein ».

Huntsman indique que la baisse de la population homogène en Utah est une excroissance du succès que la conversion au mormonisme rencontre à l’étranger.

« L’Eglise des SDJ s’internationalise, et l’état d’Utah s’internationalise également, affirme-t-il.  Nous devenons plus attractif pour tous les individus, pas seulement pour les individus d’une religion donnée, et je pense que cela restera le tendance à l’avenir ».

Les démographes de l’état, à savoir l’université de l’Utah et BYU, s’accordent sur le fait qu’au moins une statistique permet d’expliquer la baisse de la proportion mormone : le taux de fertilité.

Dans les années 1960s, les résidentes d’Utah en âge d’être mère avait 4,3 enfants en moyenne, un chiffre bien au-delà de la moyenne nationale.  Ce chiffre a chuté à 2,6 enfants par femme – seulement un demi pourcent au dessus de la norme.

 

Des sous cultures croissantes : Il est difficile de déterminer à quel point les changements démographiques en Utah modifieront le paysage local, dit Heaton de BYU.  La nouvelle diversité religieuse peut raviver les débats sur d’éternels sujet tels que l’éducation sexuelle à l’école et la prière ou les chants religieux aux cérémonies de fin d’étude.  Il pense aussi que le taux de nouveaux baptêmes mormons diminuera.

« Parce que les cultures minoritaires en Utah croissent, les nouveaux venus n’ont pas à se tourner vers l’Eglise des SDJ pour se trouver un sentiment d’appartenance communautaire », dit-il.

Mais le mormon moyen vivant en Utah vivra cette évolution religieuse de façon plus radicale », explique Heaton, qui pense avoir déjà ressenti cela dans sa communauté de Spingville qui connaît une très forte croissance.

« Lorsque j’ai emménagé, je connaissais tout le monde dans le voisinage et, d’une certaine façon, leur attachement au mormonisme, dit Heaton.  Mais c’est maintenant plus difficile d’avoir un sentiment d’appartenance à son quartier ».

Même si la diversification religieuse de l’Utah est significative, elle ne doit pas être exagérée, souligne Perlich.

Les mormons forment toujours une majorité dominante dans de nombreux zones de l’état », et cela durera encore des décennies, assure-t-elle.  Même en tombant en dessous de la barre des 50% vers 2030, l’Eglise des SDJ demeurera une présence dominatrice et continuera de faire la réputation de l’Utah à travers le monde.

« Tant que cette Eglise vivra, dit-elle, la culture de l’Utah en sera toujours emprunte ».